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Glucksmann, l'idiot utile du pouvoir


Les Agit Propalogandistes, le 21/12/2007 à 17:45 / dans : La France de Sarkozy


Vous souvenez-vous de Glucksko, le chantre de la rupture prônée par Sarkozy, le candidat de la « France du coeur », celle qui désormais vend des armes à la Libye? Comme il n'aime pas trop les séances d'aveux publics – ça lui rappelle trop sa jeunesse –, notre tâcheron de la pensée, qui éprouve désormais le plus grand mal à justifier la politique étrangère de la France conduite par son maître, préfère continuer à creuser le trou dans lequel il enterrera son cerveau devenu trop lourd. Il faut avouer que, pour un grand défenseur des droits de l'homme comme il aime souvent à se présenter, la difficulté n'est pas des moindres. Sarkozy lui donne en effet du fil à retordre depuis plusieurs mois: contrats avec la Chine communiste (rien que de prononcer ce mot lui donne des migraines), ventes d'armes à la Libye qui demeure l'ennemi indéfectible du Tchad soutenu par la France, petit coup de fil en Russie pour féliciter l'ancien tchékiste de la victoire de son parti au élections, petites visites aux traditionnels vassaux de la France en Afrique,...


La liste est longue, mais Glucksmann, ancien prestidigitateur mao, rodé aux tours de passe-passe de la dialectique, en a vu d'autres : pour lui, faire d'une contradiction un paradoxe, puis un axiome n'est qu'un simple exercice de style et une manière comme une autre de faire fonctionner ses neurones flétris. Tenez, prenez ce passage à propos de l'embarras suscité par la visite de Kadhafi: « Je critique le décorum grotesque et pas le principe de la visite. Mais bravissimo ! La presse et l’opinion se sont réveillées. Pour la première fois, les droits de l’homme et la diplomatie occupent le devant de la scène. Comme l’avait promis Sarkozy, la politique extérieure n’est plus le «domaine réservé» : elle entre dans les turbulences d’un débat public. Fini le secret et l’indifférence ! » Pas mal, non? La lumineuse initiative de notre « président du coeur » d'inviter Kadhafi a permis le réveil de la presse et de l'opinion !


A la lecture de l'entretien qu'il donne dans Libération
ce matin, une question des plus sérieuses me vient à l'esprit: M. Glucksmann est-il un minable rhéteur ou tout simplement un gros naïf qui, en refusant, tel Candide, d'entrevoir la véritable nature des rapports de force internationaux, remplit parfaitement le rôle d'idiot utile du pouvoir? Voir ou feindre de voir dans l'outrance – la transparence? - avec laquelle Sarkozy conduit la politique étrangère de la France une preuve de la rupture engagée par le chef de l'Etat dans ce domaine, au motif que chaque nouvel « épisode » (Khadafi, Poutine) déclenche un débat et «remue la société », n'est-ce pas nous prendre gentiment pour ce qu'il est objectivement: un sombre idiot? En réalité, la politique étrangère de la France s'inscrit plus que jamais dans la continuité, seul le discours pour la légitimer a changé.



La politique étrangère de la France – je tiens à rassurer les nostalgiques de l'Empire – n'a pas connu d'évolutions significatives. Les visites de Sarkozy en Afrique, notamment à son ami Omar Bongo, et en Chine, ou encore son coup de fil discret à Poutine pour le féliciter de la victoire de son parti aux élections sont là pour témoigner de la pérennité de notre engagement dans le monde. Il n'a pas changé... et alors? Cela est-il si surprenant de voir la France poursuivre la même politique étrangère, c'est-à-dire celle que lui dicte la défense de ses intérêts dans le monde, compte tenu de la nature même des rapports de force entre Etats impérialistes ? Pourquoi affirmer, comme le fait Glucksmann, que « Poutine ne respecte que les rapports de force » alors que ces derniers sont au coeur des relations entre Etats souverains qu'ils soient démocratiques ou pas, sinon pour nous imposer une vision du monde manichéenne et hypocritement - excusez le pléonasme – moralisatrice?


Derrière le droit d'ingérence dont il s'est fait le héraut se cache comme toujours cette bouillabaisse augustinienne de la « guerre juste »; « juste » uniquement quand elle est menée, comme en Irak, par des Etats « justes », en l'occurrence les Etats occidentaux qui n'ont, c'est bien connu, aucun intérêt à défendre si ce n'est celui de promouvoir la civilisation et le progrès dans le monde... Et, quand, par malheur, nos dirigeants éclairés se laissent rouler dans la farine par d'odieux dictateurs, c'est par « faute de goût » ou « naïveté » : « La faute de goût est une erreur tactique dans laquelle sont tombés, tôt ou tard, tous les responsables occidentaux, de gauche comme de droite. Ils ont voulu jouer au plus fin, faisant ami-ami avec les chefs du Kremlin communistes et postcommunistes - Bush a décelé l’âme d’un «good guy» dans le bleu des yeux de Vladimir, il s’en mord les doigts aujourd’hui. Naïveté partagée par Blair et Berlusconi. »


Si la politique étrangère française n'a pas changé, en revanche, la stratégie discursive mobilisée par Sarkozy fait preuve d'une véritable originalité en ce qu'elle se dévoile littéralement et s'offre, presque sur un mode grotesque, « sans détours ». La lumière est faite! Puisqu'il n'y a plus rien à cacher, pourquoi continuer à chercher? A cet égard, la confusion, provoquée, voire entretenue par les déclarations de Rama Yade et de Bernard Kouchner sur l'infréquentable Kadhafi, n'en est une qu'en apparence. Le pouvoir, en organisant la transparence et l'ouverture, livre ainsi aux médias les instruments de sa propre critique, s'appropriant de fait un quasi-monopole sur celle-ci. Il ne reste plus, une fois que les journalistes et l'incontournable « opinion publique » se sont emparés de cette manne critique, qu'à attendre qu'un Glucksmann vienne se féliciter du réveil de la presse et de l'opinion!


A propos de la visite de Kadhafi en France, la justification avancée par Glucksmann s'insère ainsi – sans doute à son insu – dans la stratégie de communication de Sarkozy dont la déroutante perversité n'a rien à envier aux techniques de propagande utilisées dans les régimes totalitaires : d'un côté, Sarkozy organise la transparence et le débat « démocratique » jusqu'au sein de son « gouvernement d'ouverture » en donnant ainsi l'impression d'être non seulement ouvert aux critiques et doutes légitimes de « l'opinion », mais également de les intégrer à sa mécanique discursive; de l'autre, il poursuit une politique étrangère réaliste - a-t-on le droit de dire impérialiste? - semblable à celle de ses prédécesseurs en jouant habilement de la vanité des commentateurs et autres baratineurs médiatiques de la « société civile » convaincus, par la seule force de leurs lamentables discussions, d'être les chevilles ouvrières d'une « rupture morale » dans la conduite de la politique étrangère de la France.


De cette belle farce, où se côtoient Tartuffe cyniques et Candide animés des meilleures intentions du monde, Glucksmann est décidément le plus beau dindon. Bonnes fêtes!

Voir article précédent: Glucksmann, Sarko et « la France du cœur »

 

Mots-clés: Glucksmann - Glucksman - Sarko - Sarkozy - Irak - Libération - entretien - Kadhafi - Omar Bongo - Chine - Poutine - idiot utile - transparence - pouvoir



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