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Demain, dans les collèges et lycées, sera lue la dernière lettre de Guy Môquet, militant communiste fusillé par les Allemands après avoir été arrêté par la police française. La lecture de cette lettre, que Sarkozy a instrumentalisée à des fins chauvines et nationalistes lors de la campagne pour les élections présidentielles, constitue non seulement une violation de l'indépendance des enseignants du secondaire et une ingérence inacceptable du pouvoir politique dans l'enseignement de l'histoire, mais également une tentative malhonnête et hypocrite de la part d'un gouvernement de droite de s'approprier, sur un registre nationaliste, la mémoire d'un militant communiste.
Non! Guy Môquet n'est pas mort pour la France, ni pour le Pacte germano-soviétique - comme on l'a entendu dire de la bouche du directeur-adjoint du Figaro, quotidien collaborationniste sous l'Occupation -, mais parce qu'il était communiste et que son père, Prosper Môquet, était député du PCF. Bien qu'il ait été fusillé par les Allemands à Chateaubriant avec d'autres résistants communistes et cégétistes (Jean-Pierre Timbaud et Pierre Sémard notamment) – sur la recommandation du ministère de l'Intérieur et ancien membre du comité des Forges, Pierre Pucheu –, Guy Môquet a été arrêté par la police française de Vichy dont le nationalisme exclusif et essentialiste n'a rien à envier à celui de nos contemporains...
En vertu des décrets-lois pris par Daladier en 1939 (ainsi que du décret Sérol du 10 avril 1940 étendant la peine de mort à "tout Français qui aura participé sciement à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation") à la suite du Pacte germano-soviétique, le PCF avait en effet été interdit et ses dirigeants furent poursuivis dans les mois qui suivirent. Par conséquent, si la répression contre les communistes s'intensifia à partir de l'automne 1940, quelques semaines après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, elle s'insérait néanmoins dans le cadre juridico-administratif mis en place aux dernières heures de la IIIe République. C'est dans ce contexte de répression anticommuniste que s'inscrit l'arrestation de Guy Môquet à la gare de l'Est en octobre 1940.
La lecture nationaliste de l'histoire élaborée à travers cette lettre par Sarkozy et son scribouillard Jean Guaino ne constitue pas seulement une grossière erreur historique, elle traduit également une volonté politique de réhabiliter le rôle peu glorieux joué par les milieux de droite sous l'Occupation en instrumentalisant sur un registre consensuel une figure historique dont les valeurs étaient radicalement opposées à celles de la droite.
Au moment où Sarkozy et son gouvernement pourchassent les sans-papiers et exigent des préfets la mise en oeuvre des moyens les plus coercitifs pour atteindre les quotas d'expulsés ; à l'heure où le gouvernement entend "remettre la France au travail" en s'appuyant pour cela sur un argumentaire digne du procès de Riom (souvenons-nous des propos tenus le 15 octobre 2002 à l'Assemblée Nationale par François Fillon, alors ministre du Travail : « Vous avez défendu l’idée (...) que la gauche a toujours été à l’origine des conquêtes sociales quand la droite n’aurait fait que s’y opposer (...). C’est oublier la responsabilité du Front populaire dans l’effondrement de la nation française en 1940.)), la lecture de cette lettre est indécente, voire totalement cynique.
Quant à nous, sur AGIT LOG, voici la lettre que nous lirons demain matin. Il s'agit d'un poème écrit par Guy Môquet :
« Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage
Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme
Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice.»
Guy Krivopissko, La vie à en mourir, Lettres de fusillés 1941-1944, Paris, éditions Tallandier