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Kouchner le va-t-en-guerre sans frontières


Les Agit Propalogandistes, le 01/10/2007 à 22:15 / dans : International

Depuis qu'il a été placé par Sarkozy au Quai d'Orsay, Kouchner n'en manque plus une pour se faire remarquer. Après avoir déclaré qu'il était dans l'intérêt de l'Irak de se débarrasser de leur premier ministre - M. al Maliki -, Kouchner, dont l'activisme très sarkozien et la parole généreuse confinent à un état d'hystérie, nous promet d'ici peu avec le perfide Darius de grandes festivités martiales.

Il faut reconnaitre qu'en cas de conflit avec l'Iran, la situation ne manquerait pas de piquant: Kouchner, après avoir été le porte-parole des va-t-en-guerre, troquerait, une fois les hostilités terminées, son treillis de croisé pour une blouse blanche de médecin s'empressant d'aller soigner les populations victimes de la guerre. Dans ce périple humanitaro-guerrier, notre ministre des affaires étrangères serait sans doute accompagné de tous ses amis humanitaristes, ex-nouveaux philosophes antitotalitaires, qui, après s'être gavés de Mao et de Carl Schmitt, ont trouvé dans la lecture de Saint-Augustin le doux réconfort pour leurs consciences torturées de la "guerre juste" contre le "fascisme vert" incarné par l'Iran.

Car ne nous y trompons pas: pour les Américains, dont Sarkozy et son toutou Kouchner - le toutou étant le larbin du caniche - semblent avoir adopté le point de vue, l'enjeu dans cette affaire n'est pas tant d'empêcher l'Iran de maitriser la technologie nucléaire à des fins militaires que d'isoler, puis de se débarrasser d'un régime qu'ils combattent depuis trente ans. Depuis quelques années, les médias tentent ainsi de nous convaincre de l'imminence d'un conflit avec l'Iran, présenté, par une analogie douteuse, comme une menace comparable à celle de l'Allemagne des années trente; l'analogie offre ici l'avantage, comme lors de la crise des fusées Pershing en 1983, de discréditer les arguments des pacifistes perçus comme les alliés objectifs de l'Iran et que l'on tient déjà pour responsables d'un éventuel "Munich".

Loin de moi l'idée de défendre ici la République islamique, cette dictature de curetons, contre les méchants Américains; soyons simplement réalistes et reconnaissons qu'il ne s'agit dans ce dossier que d'une lutte impérialiste - veuillez excuser mon vocabulaire archaïque - entre un empire américain dont l'objectif est de sécuriser ses approvisionnements en pétrole dans la région et un des pays les peu peuplés du Moyen-Orient qui vise à devenir une puissance régionale incontournable.

 

Prenons les principaux arguments avancées par l'administration Bush et leurs alliés pour justifier le recours à des sanctions (économiques ou militaires, peu importe, le choix des moyens à utiliser n'étant pas l'objet de ce billet) : 1) l'argument géopolitique: la détention de l'arme nucléaire par les Iraniens constitue une menace pour la sécurité collective d'autant que Mahmoud Ahmadinejad a clairement laissé entendre son hostilité à l'existence d'Israël; 2) l'argument juridique: en tant que signataire ENDAN (Etat Non Détenteur de l'Arme Nucléaire) du Traité de Non Prolifération (TNP) que l'Iran a ratifié en 1970, la République islamique n'a pas le droit de se procurer l'arme nucléaire, mais est autorisée à développer sous certaines conditions une technologie nucléaire à des fins civiles, les autres Etats nucléaires membres du TNP étant même tenus de leur porter assistance; 3) l'argument stratégique (celui, sans doute le plus crédible, sur lequel reposait la position française sous Chirac): un Iran détenteur de la bombe nucléaire augmenterait les risques de prolifération nucléaire, l'idée étant que la multiplication du nombre d'acteurs nucléaires augmente de façon exponentielle les risques de conflit nucléaire.

Concernant le premier argument, il est certes vrai que la maitrise par l'Iran de la technologie nucléaire à des fins miliaires est en soi inquiétante. Nous remarquerons pourtant que les doctrines de dissuasion nucléaire des pays occidentaux sont assises pour la plupart sur l'idée, qui a prévalu pendant la guerre froide, que la possession de l'arme nucléaire par des pays de puissance comparable a permis paradoxalement d'éviter le déclenchement de conflits de grande ampleur même si cela s'est traduit pas la multiplication d'affrontements interposés. La possession de l'arme nucléaire par l'Iran ne serait-elle pas de nature, elle aussi, à neutraliser les risques de conflit dans la région?

Par ailleurs, s'il est vrai que les 25 à 100 missiles Shahab-3 d'une portée de 2100 km, pouvant être dotés d'explosifs conventionnels puissants, de têtes chimiques, biologiques, à dispersion rayonnante, et potentiellement de têtes nucléaires, constituent une réelle menace pour Israël, on peut douter de leur éventuelle utilisation en vue d'une attaque nucléaire de l'Iran sur Israël. Comme l'a indiscrètement admis Jacques Chirac en février dernier lors d'un entretien avec des journalistes américains, l'Iran aurait à peine lancé un missile sur Israël que Téhéran serait déjà rasée.

L'argument juridique, quant à lui, n'a de valeur que celle que l'on veut bien lui accorder. Or, les Etats-Unis, en intervenant en Irak au motif fallacieux que Saddam Hussein possédait des ADM, n'ont pas eu de scrupules à s'asseoir sur le droit international et sur l'interdiction du recours à la force prévue par la Charte des Nations unies. Qui sont les Etats-voyous? Les Etats-Unis et leurs alliés sont-ils crédibles losqu'ils demandent à l'Iran de respecter le droit international? Si le risque de prolifération nucléaire est bien réel, celui de prolifération de l'illégalité internationale semble bien plus grand encore.

Quant au dernier argument, suivant lequel la détention de l'arme nucléaire par l'Iran constituerait un risque en termes de prolifération nucléaire, pourquoi dans ce cas avoir laissé l'Inde et le Pakistan (depuis 1998) développer leur programme militaire et détenir ainsi l'arme nucléaire? La rivalité entre ces deux Etats est pourtant bien plus forte et belligène, surtout si l'on considère que le Pakistan de Musharraf, que les Etats-Unis, au nom de la Realpolitik, continuent de soutenir, est travaillé jusqu’au sein des élites dirigeantes par la montée de l'islamisme le plus radical.

 

En admettant, pour conclure, que l'Iran possède un jour l'arme nucléaire, il est en effet peu probable qu'elle s'en serve pour attaquer les pays occidentaux pour plusieurs raisons. D'une part, on ne voit pas très bien quel serait son intérêt à bombarder des Etats dont les capacités de riposte sont bien supérieures aux siennes. D'autre part, l'Iran ne possède pas de missiles stratégiques d'une portée et d'une efficacité suffisantes pour menacer les Etats-Unis, voire même les pays européens. Des missiles balistiques intercontinentaux Shahab-5 d'une portée de 5500 km seraient en cours d'élaboration, mais les experts estiment que les Iraniens n'en disposeront pas avant un délai de cinq à dix ans.

Au final, on perçoit ici le véritable enjeu autour du dossier iranien. L'objectif pour les Américains n'est pas tant d'empêcher l’Iran de se doter de l'arme nucléaire que d'isoler un peu plus un Etat dont la vocation à devenir une puissance régionale est de nature à menacer leurs intérêts et ceux de leurs alliés occidentaux dans la région.

 


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