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Au-delà de la dette, renverser le capitalisme: réponse à l'article sur la "dette-publique: de l'autre côté du miroir"


Les Agit Propalogandistes, le 02/07/2007 à 13:53 / dans : Economiques


    Nous publions ici la réponse
à l'article de Guillaume sur la dette publique d'une lectrice - et désormais rédactrice - assidue d'Agit-Log.


    Ton article me semble très bon. D’ailleurs pour abonder dans ton sens, je ne donnerai qu’un chiffre : le stock des actifs financiers mondiaux est constitué à 30% des titre publics, et pour 30% de titres, monnaies et devises (Tom Thomas. L’hégémonie du capital financier et sa critique, 1999). C’est dire le poids des Etats dans le gonflement et la rémunération du capital financier mondial. « Les marchés de titres d’Etat sont devenus le compartiment le plus actif du marché financier international (…) les opérations sur les titres publics dépassent de beaucoup celles de tous les autres marchés financiers, marché des changes exceptés » (F. Chenais. La mondialisation financière, 1996). De plus le marché des changes est lui-même largement animé par les déficits publics….Selon le FMI lui-même, les marchés des titres obligataires publics sont devenus « l’épine dorsale » des marchés obligataires mondiaux. Bref, le capital financier trouve avec la dette publique le moyen essentiel de son extension massive. Je suis donc parfaitement d’accord avec ton analyse.

De toute évidence, toute la littérature qui tend à présenter les Etats comme des victimes de la financiarisation relève de la fiction bourgeoise. C’est pour le moins une victime consentante. Le rôle des Etats est d’ailleurs de première importance à plus d’un titre. Non seulement en tant qu’acteurs de la spéculation mais aussi pour permettre aux marchés financiers de se relever des krachs bancaires, boursiers, monétaires, immobiliers qui se sont succédés depuis 1982…Que serait-il des marchés, sans la gestion étatique des krachs successifs, sans la prodigieuse socialisation des pertes prise en charge par les grands Etats, autrement dit par l’ensemble de leur population, sous forme de programmes d’austérité, d’économies sur les services publics, d’effondrement des protections sociales…et de l’emballement de la dette publique ? Les Etats sont les assureurs tous risques des intervenants des marchés : pile, les détenteurs de titres gagnent, face, l’Etat paie, et derrière l’Etat, la population. D’ailleurs, les budgets publics ont été si bien pressurés que désormais (depuis le milieu des années 80) le budget de l’Etat serait équilibré, si l’on faisait abstraction des intérêts de la dette. C’est la seule charge des intérêts qui contraint désormais l’Etat à s’endetter à nouveau. Autant dire que le capital rentier a trouvé dans la manne de l’Etat le secret du mouvement perpétuel…

Cela étant je voudrais revenir ici sur un aspect, que tu ne fais qu’évoquer dans l’article (c’est tout à fait logique, ce n’en était pas le sens), à savoir les conclusions politiques que nous pouvons tirer d’une telle analyse. Lorsque tu écris: « la lutte contre la dette publique ne nous paraît recevable que si elle intègre une contestation du capitalisme financier actuel, autrement dit si elle inclut les mesures, à l’échelle internationale, de régulation et de contrôle du marché de capitaux et de refiscalisation des revenus du capital ». Si à un niveau abstrait, je peux être d’accord, concrètement ça me semble en partie amoindrir la portée de ton propos. Je m’explique : tout ton article démontre très clairement la manière dont l’Etat a été le levier de la financiarisation. Le souverain a en quelque sorte fabriqué le marché (financier) en poursuivant son propre avantage dans la déréglementation financière (afin de s’assurer la création de structures garantissant la liquidité des titres devenus le véhicule du financement de son déficit budgétaire). Peut-on donc attendre de lui (d’eux) des mesures de régulation et de contrôle des marchés de capitaux ? Cette idée est issue du mouvement des réformateurs qui voudraient juguler le capital rentier mondial (ou ses excès ?), et qui appellent de leurs vœux une autorité supranationale susceptible de redonner l’initiative aux gouvernements, aux « politiques ». Les dirigeants des Etats ne pourraient-ils se concerter pour édicter des règles internationales visant à limiter les effets de la concurrence et de la spéculation ? C’était par exemple l’idée du courant altermondialiste avec la taxe Tobin. L’économiste Keynes, le dieu des réformateurs du capital, prônait en son temps « l’euthanasie des rentiers », ses disciples continuent dans la même voie.

En fait de ton analyse, il me semble qu’il faut tirer toutes les conséquences sur la nature (sociale) de l’Etat. En gros : cette politique de béquille du capital financier, n’est-elle que conjoncturelle ? Un changement d’exécutif pourrait-il permettre d’enrayer une telle politique (et non pas ses dérives)? L’Etat peut-il avoir une autre politique qu’au service de la classe dominante ?
Toute la littérature (du moins dans son immense majorité) qui fait la critique du capital financier, regrette en creux la politique d’un Etat soi-disant régulateur du capitalisme doublé de l’Etat-providence, sorte d’Etat qui eut été plus social… (Il est d’ailleurs intéressant à ce propos de constater un étrange paradoxe. En France c’est pour l’essentiel une littérature bourdieusienne…Or lorsque Bourdieu a développé son arsenal critique dans les années 70, c’était précisément pour contrer toutes les illusions d’alors sur les Trente glorieuses….qui sont aujourd’hui remises au goût du jour par d’autres bourdieusiens).

Pour prendre position là-dessus, il me semble qu’il faut faire un retour en arrière sur les Trente glorieuses. C’est en effet à cette époque qu’est né le mythe de l’Etat-providence. Et c’est donc à cette période que se réfèrent la plupart de ceux qui voudraient faire jouer un autre rôle à l’Etat.

Bref, je tenterais ici de poser quelques jalons pour répondre à la question suivante :
- La politique de l’Etat était-elle conforme aux intérêts du capital de l’époque ou bridait-elle une fraction de la bourgeoisie (je pense ici en particulier aux travaux de Duménil et Lévy (Economie marxiste du capitalisme, 2003) pour qui les 30 glorieuses se caractérisent par une revalorisation des managers, politique issue d’un compromis dans l’après-guerre, au détriment des propriétaires / actionnaires)

Ce retour en arrière ne me semble pertinent que pour étayer l’idée que je soutiens : il est vain de demander à l’Etat de s’attaquer au capital financier. C’est contraire à sa nature. L’Etat d’alors n’était pas plus « social » que celui d’aujourd’hui, ou du moins pas moins au service de la bourgeoisie.

Venons en aux faits.

Il est aujourd’hui courant de voir toute une littérature sociale regretter l’époque des trente glorieuses. Une époque, qui rétrospectivement peut apparaître comme celle d’un capitalisme plus social. Evidemment c’est déjà oublier la réalité de cette époque : violence de la taylorisation et du fordisme, superprofits faits sur le dos des colonies, etc, etc. Mais passons, cette époque tranche effectivement avec la nôtre. En premier lieu parce que ce fut une période de croissance relativement soutenue, accompagnée d’un recul de la précarité de la condition ouvrière, et qui du coup favorisait la densité de ses organisations et une forme de compromis au sein des grandes entreprises (la taylorisation était grosso modo acceptée en échange de valorisations salariales régulières). Pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, nous assistons à une période de croissance longue.

Quelle en est la cause ? Les traits dominants des trente glorieuses sont très largement les héritiers de la crise majeure que traverse le capitalisme dans les années 30 et 40. La crise de 29, l’essor du fascisme en Allemagne, de dictatures militaires dans presque tous les pays industrialisés et enfin la Deuxième guerre mondiale qui en résulte vont ponctuellement affaiblir les bourgeoisies des pays riches. L’histoire des trente glorieuses et de leur fonctionnement économique est l’histoire d’une parenthèse dans le fonctionnement du capitalisme…issue d’une crise majeure dont la bourgeoisie n’était pas sûre de se relever. Du coup au sortir de la Seconde guerre mondiale cette dernière est plus encline à des compromis (n’oublions pas qu’alors l’hypothèse d’une révolution sociale succédant à une guerre mondiale devait être encore très vive dans l’esprit des bourgeois…les situations de tensions révolutionnaires en Grèce et en Italie étaient d’ailleurs là pour le leur rappeler) et à des politiques étatistes qui lui permettait de pallier son incapacité à investir et à remettre sur pied la machine économique dans des situations de chaos et de destructions massives (de l’appareil productif compris).

Les trente glorieuses (qui ne commencent réellement que dans les années 50) se caractérisaient donc par une tendance plus ou moins continue d’accumulation du capital, d’abord et avant tout dans les cadres nationaux, mais aussi dans un cadre international marqué par une concurrence moins féroce qu’elle ne l’est aujourd’hui, en raison d’une expansion des marchés nationaux.

Pour emprunter le langage de l’école de la régulation : contrairement à un régime d’accumulation classique (où les récessions ont un caractère cyclique nettement marqué du fait du décalage entre la consommation et la production), les années 50-60 (qu’ils caractérisent comme un régime d’accumulation fordiste) vont être marquées par 2 facteurs :
- puissance du monde ouvrier
- euthanasie de la finance (qui s’est effondrée après 29, et n’a donc plus les moyens d’accumuler des profits comme dans les années 20)
D’où un nouveau régime d’accumulation. Pour survivre, la bourgeoisie a du faire une série de compromis, sous l’influence de la lutte de classe : garantir des augmentations salariales, des statuts protecteurs, des conventions collectives, des organisations syndicales, des régimes de protection sociale. Cela s’est soldé par la mise en place d’institutions particulières : contrôle des changes, renforcement des syndicats…Les accords de Bretton Woods en sont la pierre angulaire. A la suite de Keynes, on estime alors que le contrôle des mécanismes monétaires et financiers n’est assuré par aucun processus de marché et ne doit pas être laissé aux mains d’intérêts privés. Cette tâche revient à l’Etat, par la politique monétaire de sa banque centrale (par la régulation du crédit, en jouant notamment sur le taux d’intérêt) et la politique budgétaire où l’Etat emprunte lui-même. Un des volets de ce dispositif vise à apporter certaines restrictions à la mobilité internationale des capitaux. Il s’agit avant tout de conjurer le spectre d’un nouvel effondrement généralisé du capitalisme…pour garantir une plus grande stabilité au capitalisme. Bref, ces différentes institutions, en entrant en résonance, ont fait « système ».

En parallèle, une croissance soutenue est le fait du fameux « cercle vertueux » : les gains de productivité étant en hausse parce que les investissements étaient continus cela a permis de standardiser le production qui a fait à son tour baisser le coût des marchandises assurant ainsi une élévation du niveau de vie des classes populaires qui garantissaient à leur suite des débouchés pour la production, et ainsi de suite. Pour qu’un tel système soit assuré, il fallait une concurrence internationale relativement faible, ou pour le dire autrement, il fallait assez de débouchés sur le marché national (garantis en grande partie grâce aux destructions de la deuxième guerre mondiale…). Du coup, les crises cycliques ont été relativement limitées, et ce d’autant plus que la protection sociale permettait de les lisser par la hausse du pouvoir d’achat, diminuant ainsi les effets des crises de surproduction.

Mais en quoi, cela était-il le fait du souverain ? L’Etat a bien entendu joué un rôle dans la répartition des rôles des institutions des trente glorieuses…mais en tant que pièce du rouage du capitalisme d’alors. Pas plus qu’aujourd’hui, l’Etat ne contraignait le capital à obéir à d’autres lois que les siennes, il n’était que l’accompagnateur, dans un contexte différent. Un régulateur, si l’on veut, mais certainement pas une entité qui aurait arbitré entre les intérêts des classes sociales, en faveur de l’intérêt général. Et pour cause, ce fameux intérêt général n’existe nulle part, sauf dans la mythologie bourgeoise.

Qu’en est-il de ses fonctions providentielles ? Prenons l’exemple de la sécurité sociale en France, souvent présentée comme un modèle des fonctions « providentielles » de l’Etat. En quoi était-elle une concession faite par la bourgeoisie ? Tout d’abord, elle correspondait à une nécessité productive. Pour remettre sur pied l’économie, il fallait une main-d’œuvre corvéable…et donc de préférence en bonne santé ! Par ailleurs, la sécu ne coûte rien au patronat (à moins de considérer bien sûr que les « charges patronales » soient autre chose que du salaire différé). Evidemment, dans le gouvernement issu de la Libération, il s’agissait d’une concession au PC…au prix…de la mise au pas de la classe ouvrière (« la grève c’est l’arme des trusts », « il faut retrousser les manches pour reconstruire le pays »…voire les tracts particulièrement nauséabonds distribués aux mineurs du Nord en grève…pour les inciter à reprendre le travail afin de ne pas priver les pauvres ouvriers de charbon sans lequel ils crèveraient de froid). Enfin, c’était aussi un moyen pour l’Etat de s’assurer le contrôle des caisses de prévoyance ouvrières, dont les patrons ont toujours eu la peur qu’elles ne se transforment en caisses de grève. Tout cela évidemment ne veut pas dire qu’il ne faudra pas défendre aujourd’hui le système de protection sociale contre les assauts répétés du capital financier. Pour le reste, l’essentiel des fonctions providentielles de l’Etat ont été le résultat direct de la lutte de classe…rien à voir donc avec sa souveraine volonté.

Alors si l’Etat a alors joué un rôle régulateur, il me semble que c’était essentiellement pour s’assurer la remise sur pied du capitalisme, à une époque où la bourgeoisie et son appareil productif étaient fragilisés. Reste à voir, si dans le fonctionnement d’alors une fraction du capital était bridée (en l’occurrence le capital financier par le poids des managers).

La division entre les tâches de gestion et la propriété des entreprises s’est accélérée à la fin du XIX siècle. C’est le résultat des tendances monopolistiques : à partir du moment où capital bancaire et capital industriel fusionnent, la bourgeoisie a tendance à confier les tâches de gestion à des spécialistes en raison de l’éparpillement de son capital dans plusieurs affaires. L’entreprise est moins directement gérée par « la famille » (ce qui ne veut pas dire du reste qu’elle ne soit plus contrôlée par elle). Evidemment, il faudrait faire des nuances entre des entreprises comme Renault ou Total par exemple, qui ont des histoires très différentes. Mais enfin, disons que globalement, des entreprises qui par le passé avaient été gérées directement par les propriétaires l’étaient de moins en moins. Or, pendant les trente glorieuses, les managers ont eu un poids de première importance dans les entreprises. Cela s’est-il fait au détriment du capital financier ? Actionnaires et gestionnaires avaient-ils des intérêts antagoniques ? En fait, cette idée, me semble être une déformation rétrospective. Effectivement à partir du choc pétrolier, les règles économiques vont être modifiées en faveur de la finance, avec une perte de pouvoir des managers. Soit dit en passant leurs intérêts ne divergents en rien de ceux du capital financier puisque les résultats financiers des entreprises qu’ils gèrent leur sont profitables sous forme de stock-options. Mais allons plus loin. Les intérêts du capital financier étaient-ils bridés des années 50 à 70 ? De toute évidence, son poids était moindre. Mais à partir du moment où les gains de productivité étaient élevés…en vertu des investissements faits dans les entreprises, le capital n’avait aucune raison de « s’émanciper » de l’entreprise dans la mesure où ses revenus étaient élevés et réguliers. Que nous assistions à une parenthèse entre les années 30 et les années 60, pendant laquelle la finance n’a pas joué le même rôle qu’aujourd’hui (et qu’entre les années 1880-1920) est une évidence. En revanche, affirmer que les détenteurs de capitaux (qui en tant que bourgeois savent aussi investir autrement qu’à la bourse…) auraient été brimés, me semble entièrement à démontrer.

D’ailleurs, ce n’est que parce que les politiques de relance keynésiennes s’étaient épuisées, que nous avons assisté aux évolutions qui nous mènent à la situation actuelle. Dans les années 70, lorsque la crise se développe, c’est le gouvernement de Chirac an France qui tente une politique de relance keynésienne. Mais elle échoue…car le capitalisme est en pleine mutation. L’Etat par ses nouvelles politiques économiques ne fera qu’accompagner ce changement.
En d’autres termes, pendant les trente glorieuses, l’Etat a joué un rôle de régulateur parce que ce rôle était en adéquation avec le capitalisme et les intérêts de la bourgeoisie. Ce qui le contraignait à des compromis (dans le partage de la valeur ajoutée) était la lutte de classe. Aujourd’hui s’il joue un autre rôle, c’est que le capitalisme a évolué. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’Etat est au service de la bourgeoisie.

Mais alors pourquoi cela a-t-il changé ? Qu’est-ce qui explique l’évolution du capitalisme vers ce qu’il est convenu d’appeler la financiarisation ? (Et qui par certains aspects ramène à un fonctionnement plus « normal » du capitalisme déjà décrit par Lénine en 1915 dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, à la suite de Hilferding). A mon sens, ce qui l’explique est la crise du taux de profit rencontrée par la bourgeoisie à la fin des années 60.

A la fin des années 1960, la bourgeoisie a à faire face à une décélération de ses gains de productivité liée à l’achèvement de la taylorisation. Une fois la taylorisation achevée (y compris dans un certain nombre de services), les gisements de gains de productivité qui en résultaient se sont taris. Par ailleurs, le plein-emploi conduit à une inflation salariale et donc à l’érosion du taux de profit. D’où une incertitude sur les gains à venir et la raréfaction de placements hautement rentables, tels que le modèle keynésien avait pu les assurer dans l’après-guerre. La bourgeoisie se retrouve donc à devoir faire face à une situation de stagflation (inflation salariale et stagnation de la croissance liée à la stagnation des gains de productivité).

Au début des années 70, cette crise rampante des profits est parallèle à l’endettement de l’Etat (lié à l’aide qu’il donne aux trusts, y compris en finançant par son déficit la protection sociale). Selon le modèle keynésien, c’est là qu’intervient une politique de relance. Mais ici, une telle politique endetterait l’Etat sans pour autant relancer les profits. Il s’agit de la fameuse crise des politiques keynésiennes. Et pourquoi ? En parallèle à cette crise, un phénomène d’internationalisation des trusts nationaux s’est développé (les Etats-Unis sont le grand maître en la matière) pour pallier aux insuffisances des marchés nationaux en partie saturés…du coup les plans de relance sont moins efficaces car ils profiteraient aussi aux importations (ce qui à mon sens montre déjà que l’Etat est au service de sa bourgeoisie nationale). Les politiques de relance liées à des économies « fermées » (pour être plus précis il faudrait ici évoquer l’histoire des politiques protectionnistes au service des bourgeoisies retardataires ou de sauvegarde artificielle de parts de marché par les barrières douanières…qui une fois encore vont dans le sens du rôle de l’Etat comme béquille du capital). Cette crise est rampante et étendue dans le temps.

Dans les années 80, nous assistons donc à une politique qui de prime abord peut paraître étonnante : le relèvement des taux d’intérêts directeurs. En effet, de telles politiques entrainent une crise de l’investissement (puisque emprunter devient trop cher), ce qui provoque à son tour un chômage de masse et une restructuration des entreprises: le fameux « choc structurel » dont aiment à parler les technocrates. Alors pourquoi avoir relevé les taux directeurs (personne avant ne semblait en effet s’affoler de la lutte contre l’inflation qui depuis est devenu le mot d’ordre de toutes les politiques économiques) ? Tout simplement parce que c’est cette politique qui a permis de durablement casser les salaires réels (en jugulant l’inflation salariale et en remettant sur pied la fameuse armée de réserve) et donc de relever le taux de profit. On assiste alors à un nouveau partage de la valeur ajoutée au profit du capital.

C’est dans ce contexte que va se mettre sur pieds la financiarisation de l’économie, sur une tendance de fond, présente depuis la fin des années 60 : l’internationalisation des échanges (en particulier des capitaux américains). Comme, les croissances interne et externe ne permettaient plus de relever durablement le taux de profit, il était nécessaire de rendre les capitaux plus mobiles. Globalement, les profits s’accumulaient mais avec des difficultés de débouchés. Les pétrodollars ont dans un premier temps joué un rôle « pionnier »…

Par ailleurs, l’endettement des Etats voulait être financé au moindre coût. D’où la nécessité de capter l’épargne flottante des entreprises pour financer leurs déficits. Mais pour capter cette épargne, encore fallait-il donner des garanties en terme de rentabilité bien sûr, mais aussi de liquidités…d’où la nécessité de rendre les descendants des bons du Trésor librement monnayables. Le relèvement des taux directeurs de son côté va aussi jouer ce rôle de levier pour capter l’épargne. En effet, le relèvement des taux directeurs offre une prime à la créance. Or tous les bourgeois sont à la fois débiteurs et créanciers. Désormais, la position de créancier devient plus rémunératrice. Du coup, la logique des banques, des investisseurs…se transforme par ce biais. Et c’est ainsi que l’on a basculé vers la financiarisation.

Pour revenir au point de départ, il me semble donc utopique de réclamer de l’Etat « une régulation et un contrôle des marchés de capitaux » et la contestation ne doit pas à mon sens s’arrêter à celle du « capitalisme financier actuel ».

Aujourd’hui la situation est lourde de crises potentielles. Le nouveau partage de la valeur ajoutée en faveur des profits occasionne une stagnation des marchés (qui est une des causes de la financiarisation). Cette stagnation est en partie compensée par la consommation des couches aisées de la société et par le pouvoir d’achat induit par les importations de produits bon marché des pays du Tiers-Monde. Mais, les inégalités se creusent, et la croissance ne repose que sur un endettement continu (y compris des ménages). S’attaquer à cette situation ne pourrait vouloir dire qu’une chose : mettre fin à la mobilité universelle des capitaux. Or, comme tu le notes si justement, l’Etat non seulement ne combat pas ce système mais l’orchestre. Sans parler du fait que l’Etat américain, qui impose les règles du jeu aux autres, est celui dont le capitalisme bénéficie en premier lieu de la financiarisation. Indépendamment d’un renversement du capitalisme, de nouvelles règles ne pourraient être mises en place que s’il y avait une crise économique majeure qui mettrait la bourgeoisie au pied du mur (en effet des crises comme celles du Sud-est asiatique ou encore l’Argentine…ne semblent pas avoir beaucoup émus nos chers capitalistes). Cela arrivera peut-être, mais ce ne peut pas être une perspective politique. Pour ma part, je n’en vois pas d’autres que de renverser le capitalisme…

Jihane


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