Lisez AGIT-LOG !!!
Agit-Prop Blog politique et militant !
Critique des mythologies contemporaines !
Ironie subversive !
Démystification des discours médiatiques inféodés !
Chronique
Deux purs produits de
LE MONDE | 04.05.07 | 14h04 • Mis à jour le 04.05.07 | 14h04
Renforcer le Parlement : les candidats à l'élection présidentielle l'ont promis tous, ou presque, et les deux concurrents du second tour ont repris cette ritournelle lors de leur débat, mercredi 2 mai. Sans trop y insister, il est vrai, tant le reste de leur propos contredisait leur souhait affiché de voir les députés jouer un rôle plus important à l'avenir. Quel que soit le vainqueur, en effet, il ne fait pas de doute qu'on ne peut attendre ni de Ségolène Royal ni de Nicolas Sarkozy une présidence modeste.
C'est le paradoxe de l'élection présidentielle au suffrage universel. D'un côté, les candidats font des promesses qu'ils s'affirment capables de tenir, ce qui suppose qu'ils accèdent à un pouvoir fort, sinon sans partage. D'un autre côté, les citoyens n'aiment pas l'idée de s'en remettre à un(e) seul(e) et préfèrent croire que l'élu(e) devra écouter, discuter, négocier, transiger.
Parmi les interlocuteurs que les Français veulent voir pris en considération par le président de demain, il y a les parlementaires et plus particulièrement les députés. Ne serait-ce, d'ailleurs, que parce que les électeurs se demandent à quoi bon envoyer 577 personnes au Palais-Bourbon si c'est pour voter mécaniquement pour ou contre les projets du gouvernement, discutés dans l'hémicycle à peu près vide. Beaucoup ignorent le nom de leur député, mais ils comptent quand même sur lui pour relayer leurs préoccupations face à un pouvoir soupçonné de s'enfermer trop facilement dans des raisonnements qui ne prennent pas en compte les réalités quotidiennes.
Les deux candidats ont inclus dans leurs programmes des réformes qui réduiraient les contraintes pesant sur le Parlement et lui permettraient de fonctionner davantage comme un contre-pouvoir et un organe de contrôle du président et du gouvernement. Ségolène Royal va le plus loin dans cette direction, en annonçant une révision de
Ces perspectives sont sympathiques, mais elles ne doivent pas cacher les données politiques. Ségolène Royal, qui s'est imposée comme candidate aux dirigeants du Parti socialiste, s'imposera davantage encore si elle est élue présidente. Elle prendra appui sur son élection pour dicter ses vues au gouvernement et à la majorité parlementaire élue, par hypothèse, pour soutenir son action.
Avec Nicolas Sarkozy, il en ira de même pour sa formation, l'UMP, qu'il a entièrement façonnée à sa main et dont on peut prévoir qu'elle ressuscitera l'"inconditionnalité" chère aux "godillots" gaullistes d'il y a quarante ans. Il n'y a guère que des nuances entre eux sur ce terrain. Au demeurant, c'est Jean-Pierre Chevènement, alors ministre socialiste et aujourd'hui conseiller de Ségolène Royal, qui lançait aux députés PS élus en 1981 derrière François Mitterrand : "Soyez godillots ! C'est une belle et bonne chaussure."
Dans des styles différents, les deux vainqueurs du premier tour ont en commun d'exalter la fonction présidentielle. C'est le prix de la démocratie d'opinion, qui tend à désigner un seul responsable et à le tenir pour seul comptable de la réponse que le gouvernement donne aux attentes devenues, à un moment donné, majoritaires. Près de cinquante ans après sa fondation,
Patrick Jarreau
Article paru dans l'édition du 05.05.07