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Les barbares oisifs : la campagne présidentielle inféodée aux normes réactionnaires


Les Agit Propalogandistes, le 24/04/2007 à 12:02 / dans : Présidentielle

Les barbares oisifs :
la campagne présidentielle inféodée aux normes réactionnaires

 

            Cette campagne électorale aura été un condensé étonnant de paradoxes : d’un côté, les candidats issus des partis dominants ont rabâché – explicitement ou non – le mythe de la fin des idéologies (seules les « extrêmes » y ont encore recours). De l’autre, les mêmes ont joué au chat et à la souris pour imposer deux piliers idéologiques classiques de la bourgeoisie : la question de l’identité nationale et la valeur travail. De plus prêt, une autre similarité apparaît, qui vient ajouter à ce qui précède une nouvelle contradiction : les candidats prétendent représenter la France dans sa totalité, incarner une idée de la France et de la République transcendant les clivages, afin de pour rassembler au-delà de leur camp, ils multiplient les masques pour renvoyer à chaque Français le miroir de ses préoccupations. Dénonciation bourgeoise de l’idéologie et saturation mythologique, rassemblement mensonger et dispersion démagogique. D’abord un unisson, puis un canon, et finalement une cacophonie : Royal, Sarkozy et Bayrou, piètres musiciens, nous jouent tous le même pipeau.

L’Agit-Prosélyte fidèle a déjà eu la jugeotte de s'armer au contact de notre corpus d'analyses historiques et politiques sur les liens entre les institutions de la Ve République, le suffrage universel et les tendances autoritaires et démagogiques de l’élection présidentielle, ainsi que celles s’attaquant aux nouvelles tactiques de mobilisation politique et la fragmentation du mouvement social qui en résultent. Je souhaite revenir ici sur la construction de deux des thèmes « principaux » de la campagne – c’est-à-dire tels qu’ils ont été définis et délimités par les candidats et sélectionnés / systématisés par le travail mythologique des médias dominants.

 

L’édification et la propagation d’une norme, bien française et universelle (mais l’un entraîne l’autre, c’est bien connu depuis les Lumières), s’accompagne toujours de son antithèse ignoble, étrangère et communautariste. La conjoncture actuelle permet de réactiver à peu de frais propagandistiques la mécanique expiatoire, focalisée sur des proies faciles, cumulant les « tares » construites par le regard des xénophobes (stigmates variés associés à la couleur de peau / à l’origine ethnique, à la religion, à la classe sociale, à la géographie urbaine, ainsi qu’au genre). Ce n’est pas le Front National qui aurait, seul, préparé le terrain – il sert simplement à proclamer haut et fort ce que la France refusait d’admettre, au nom de son orgueil républicain et universaliste et à cause d'un daltonisme de circonstance, comme étant représentation courante, et à faire le raccord mystificateur, une fois de plus, entre chômage et immigration. C’est plus globalement toute une mémoire et une latence xénophobes pas moins françaises que notre devise qui informent à nouveau les conceptions de l’identité française – celle-ci n’étant jamais rien d’autre que le terrain mythologique sur lequel on souhaite résoudre, ou plutôt évacuer la question sociale. D’où le lien entre la « revalorisation de la valeur travail » [sic] et l’identité nationale : celle-ci trouvera un renouveau dans celle-là. Ce n’est pas, prétend-on, l’identité (attribuée et non revendiquée, bien sûr) qui discrimine sur le marché du travail, bien au contraire : c’est le travail qui détermine la place dans la nation et, à défaut, sur le territoire. On ne peut penser ces deux piliers du renouveau « décomplexé » de la droite en-dehors de leur relation.

 

Pas de grand projet qui tienne s’il doit exclure autre chose que des profiteurs (les assistés, les feignasses) ou des barbares (les racailles, les clandestins illégaux) – il se trouve comme par hasard que les racailles sont des dealers justement parce qu’ils ne veulent pas travailler comme tout le monde, et que les clandestins illégaux, c’est du bon sens, sont venus pour vivre sous perfusion d'un Etat gaspilleur. À part ça, la société des Français est toujours une nation, mue par des intérêts et des projets communs, un sentiment d’appartenance, une bonne communauté de travailleurs qui souhaitent simplement qu’on leur foute la paix : dormir tranquille dans les quartiers et travailler plus dans l’entreprise… Que d’autres aspirent à une société où, dans les quartiers et les banlieues, ils soient un peu moins flickés et stigmatisés, et que la société leur propose autre chose que du travail dont les Français « de souche » ne veulent plus (où se trouve donc la « dévalorisation » du travail ? ), et qu’au turbin, ils soient un peu moins mis sous pression et jamais éjectés au nom des impératifs fixés par de lointains actionnaires, c’est sans importance.

L’oisif est la figure caricaturale et ignoble nécessaire à la généralisation de la précarité. La société doit embrasser celle-ci, non pas comme une violence, mais comme une chance de rachatpar le travail : les pauvres sont responsables de leur sort, à moins que ça ne soit… génétique ? La mise au travail (précaire) est une thérapeutique sociale, un moyen de redresser la France après des décennies de « dévalorisation de la valeur travail » chère à Sarkozy et Royal. Pourtant, ça ne fait pas des décennies qu’on se moque ainsi du travail, à moins que les deux candidats ne croient dur comme fer en un héritage post-soixante-huitard, avec pour dernier avatar les 35 heures ? Ou peut-être font-ils allusion à ceux qui ont fermé boutique pour réduire la part du travail, justement, délocaliser ou améliorer le cours des actions… Car c’est en fait une grosse trentaine d’années de chômage de masse et la fin de la promotion sociale qui ont miné la foi en « le » travail (et accessoirement l’éducation), non pas la démocratisation du credo hippy… Le Travail, aussi uniforme que la République, voilà la norme monolithique et fallacieuse qu’il faut intérioriser sans perdre le temps de s’interroger sur ses possibilités d’épanouissement, le sens que chacun souhaitera y projeter tout au long de sa vie. La victoire de la réaction anti-soixante-huitarde est là : non pas dans le chômage de masse, qui n’est qu’un instrument objectif (qu’il ait été produit à dessein… ou que la « fatalité » l’ait infligé comme punition à l’Occident oisif et débraillé importe peu) de cette stratégie, mais dans la diffusion de cette norme, qui vient culpabiliser d’un même geste les chômeurs, les ségrégués et les immigrés.

Bien sûr, il faut tout de même jeter un peu de leste : les « para » dorés viennent offrir une proie – d’autant plus précieuse qu’elle serait bien évidemment « rare » – à ceux dont le ressentiment a besoin d’un peu d’équilibre, de mesure. Faut être juste : y’a pas que les assistés qui s’en mettent plein les poches pour rien [sic], y’a aussi quelques grands patrons (qu’on ne connaît pas, bien sûr), mais faut quand même reconnaître qu’ils sont moins nombreux : quelques uns, contre des millions !!! Cependant, là où les assistés profitent du système qu’il s’agit de démanteler pour rétablir la justice et le travail (le travail comme étalon de toute justice), les parachutistes dor(lot)és sont des irresponsables, ils ne sont pas solidaires de la mécanique générale du capitalisme actuel. On les érige en anomalie ponctuelle, en contre-nature spontanément générée ou en déviance absurde : ce n’est pas le système (un capitalisme financiarisé ?) qui les produit, mais… quoi donc, d’ailleurs ? on préfère ne pas le savoir. Parce que dès qu’il s’agit de creuser un peu, on découvre que pour Forgeard, c’est un silence qui fut monnayé.

C’est immoral, c’est insupportable, c’est franchement dégueulasse mais… ça n’est pas illégal. Une inégalité de traitement classique dans la distribution bourgeoise des illégalismes : le parasitage des uns est un phénomène de structurela voracité des autres le reflet de passions individuelles isolées. On peut éradiquer les premières, les secondes, en revanche, imprévisibles (!), trop difficiles à prévenir (pourtant, un peu de transparence…), sont des accidents – on peut peut-être récupérer l’argent (qu’on lui a fait donner !), mais une police des comptes des grandes entreprises, ça… Et puis vous nous faites chier avec tout ça : en finir avec les rapaces rôdés à la chute façon Forgeard, ça ferait fuir les investisseurs, alors que de les feignasses, eux, on ne peut s’en débarrasser ! Et puis vous, les gauchos, qui avez tant dénoncé la surveillance totalitaire, vous opposez encore à la discipline et la remise au travail que le candidat Sarkozy prône, vous voudriez faire aux patrons ce que vous refusez qu’on vous fasse ?!! Le monde à l’envers, vraiment ! (la classe feignante et l’État gaspilleur),

       Ce sont de toute façon toujours les mêmes qui emmerdent les bons travailleurs qui vivent dans les quartiers et qui piquent l’argent du contribuable… Ils font d'ailleurs preuve de plus en plus d’incivilité dans les salles de classe, les cages d’escalier et les quais de métro, et pis y parlent mal la langue française, enfin merde quoi. Ça se voit d’ailleurs dans leur musique hargneuse, qui incite à la haine de la France et des flics : mais comment ils veulent trouver du boulot s’ils ne savent MÊME PAS ÉCRIRE et qu’ils se présentent en jogging avec une capuche ? C’est fou ! En plus, ces barbares, ils violent les jeunes filles dans les dépôts à ordure avant de les lapider ou de les brûler vives, c’est vrai !, et quand ils en choisissent une ou plusieurs pour les épouser, ils leur font cinquante gosses qu’ils élèveront mal, et le bruit et l’odeur ça empêche les bons Français d’écouter Johnny et de se renifler en paix. Et les émeutes de novembre 2005 étaient pilotées par les imams des caves qui se planquaient aussi sous les aéroports prêts à bondir et qui étaient aussi polygames et qui en plus faisaient des trafics et étaient multirécidivistes et alimentaient l’économie souterraine produite par la vente de drogues et d’armes et les kebabs fleurissaient pour blanchir l’argent de l’économie souterraine où des gangs violeurs de femmes qui se voilent parce qu’elles sont contre la laïcité et antirépublicaines et aliénées aux gangs machos violeurs qui vendent des drogues et des armes et niquent la police et ta mère comme dans le rap et Nicolas Sarkozy et Jean Marie Le Pen ne disent rien d’autre il faut voter pour eux parce qu’ils vont expulser les familles illégalement rentrées sur le territoire français car si on-les-laisse-ils-vont-corrompre-nos-valeurs-avec
-leur-communautarisme-et-vivre-de-l’assistance-et-en-même-temps-ne-vont-pas-s’occuper-de-leurs-gosses-parce
-qu’ils-sont-polygames-et-que-le-soleil-les-a-rendus-paresseux-et-ça-va-de-nouveau-créer-de-la-délinquance-et-
en-plus-ils-prétendent-que-la-colonisation-c’est-mal-et-ils-veulent-culpabiliser-la-France-et-ça-va-développer
-le-conflit-des-mémoires-communautaires-alors-que-la-France-est-une-et-indivisible-donc-c’est-mieuxqu’ilsrestent
chezeux
parcequec’esttoujourslespauvresFrançaisquisouffrentetqu’onaccusedetouslesmauxalorsqu’ilsnesontpas
communautairesnipolygamesn
idélinquantsetqu’ilsveulentjustequ’onleurfoutelapaixcequin’estpaslecasdansles
quartiersqu’ilfautépureraukärchercommecemecduhautd’unbalconquidemandaitàSarkozydetoutnettoyerparcequ’on
n’enpeutplusetblablablasalestypesetc.y'enamarrec'estduvollesbougnoulesetlesnègresettoutletralalav'laquej'terenvoieça

∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞!!!∞?∞∞!∞!!!!

 

Mais enfin, on ne va tout de même pas empêcher Sarkozy de dire la vérité !


Non, on va le laisser faire. La gauche aspirant au pouvoir a tout laissé dire : pis ! en répliquant à la droite sur son propre terrain, elle a autorisé – dans tous les sens du terme – et légitimé le grand retour disciplinaire et normatif de sa mythologie, sans égards pour les conséquences sociales et politiques – la première étant une désaffection des travailleurs vis-à-vis du PS. La droite, une fois de plus, a réussi à détourner la campagne de la question sociale, grâce à la vieille méthode du bouc ou, fidèle à la fragmentation, de l’hydre émissaire. Tellement et si bien qu’elle a pu se permettre de narguer la gauche en citant Jaurès et Blum et en se réclamant de 1936 – sans pour autant oublier de défendre les Croisades et la colonisation. Ségolène Royal n’avait-elle donc rien d’autre à opposer à cela que Tony Blair, la Marseillaise et un CPE allégé ?

Elle part vaincue, parce qu’elle n’ose pas penser la société hors des normes que la droite a fixées. Traumatisé par le 21 avril 2002, le PS capitule face aux chimères identitaires et sécuritaires forgées et instrumentalisées par la droite pour berner les Français. Aucun leçon n'a été tirée des vingt-cinq dernières années.

C’est bien pour cela qu’il faut voter à l’extrême-gauche : elle seule résiste sincèrement à l’hégémonie artificielle de la norme réactionnaire. Faire barrage à Sarkozy, certes, mais faire barrage aussi à l’insidieuse diffusion de ses idées, de sa vision du monde, en se situant d’emblée sur le terrain social, qui n’est authentiquement représenté que par les candidats de la gauche antilibérale.


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