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Lettre ouverte à mes camarades de l’UNEF – Suite. A propos de l’allocation d’autonomie individualisée


Les Agit Propalogandistes, le 16/03/2007 à 0:10 / dans : Education


Dans ma précédente lettre ouverte à mes camarades de l’UNEF, j’évoquais la question des droits de scolarité, estimant qu’il était possible d’instaurer un système de frais de scolarité progressifs sans aggraver les inégalités entre les universités. Cette lettre a suscité un certain nombre de réactions à la lumière desquelles chacun est libre de se faire sa propre opinion. Ce débat a également permis d’interroger la pertinence d’une des propositions-phares de l’UNEF, l’allocation d’autonomie individualisée. A ce propos, je reconnais que je suis allé un peu vite en besogne en affirmant que l’UNEF proposait de créer une allocation d’autonomie "universelle", ce qui n’est pas exactement le cas et je tiens à m’excuser auprès de nos lecteurs si je les ai égarés.

 

Ceci dit, j’aimerais ici ouvrir une discussion sur cette fameuse allocation d’autonomie individualisée que propose l’UNEF. En quoi consiste-t-elle ? D'après le dossier de l'UNEF, le montant de cette allocation, pouvant atteindre 1100 euros, serait calculé, non pas sur la base des revenus des parents comme c’est actuellement le cas dans le système actuel de bourses sur critères sociaux (d’autres critères entrent également en compte comme le nombre d’enfants, les handicaps, etc.), mais à partir de la situation propre de l’étudiant selon une série de critères : 1) le logement, 2) le niveau de revenu (revenus du travail pris en compte au-delà d’un demi SMIC à l’année, indemnités de stage, revenus d’apprentissage et transferts de la famille), 3) le coût de la vie dans l’académie.

 

Tout d’abord, sur le logement, l’UNEF propose d’intégrer dans l’allocation la part correspondant aux actuelles aides au logement pour les étudiants occupant seul un logement. Comment doit-on comprendre cette proposition ? Cela exclut-il les étudiants vivant à plusieurs (ce qui est mon cas) dans un logement, c’est-à-dire en colocation ? Je rappelle qu’actuellement, pour les personnes vivant en colocation, les aides sont systématiquement divisées par le nombre de personnes louant l’appartement. Par ailleurs, que fait-on des étudiants contraints de rester chez leurs parents car ces derniers n’ont pas les moyens de leur payer un logement ? D’après l’UNEF, « un jeune habitant seul et sans ressource doit pouvoir bénéficier d’une allocation lui permettant de faire face à l’ensemble de ses besoins, tandis qu’un jeune qui vit chez ses parents et bénéficie de transferts de sa famille doit percevoir une allocation d’un montant inférieur. » Ainsi, un étudiant dont les parents sont en mesure de lui payer un logement touchera une allocation supérieure à celle accordée à un jeune dont les parents n’ont pas assez de moyens pour lui permettre de vivre seul. Est-ce là le moyen le plus efficace d’aider les étudiants les plus défavorisés à devenir autonomes ? Faut-il rappeler à l’UNEF que l’un des problèmes est l’absence d’égalité entre les étudiants dans l’accès au logement ? Ne faudrait-il pas mieux fusionner les aides au logement pour les étudiants, actuellement attribuées suivant des critères injustes, avec les bourses dont le montant serait modulé suivant les revenus des parents ?

 

Venons-en au deuxième critère d’attribution de l’allocation : le niveau de revenu des étudiants (revenus du travail pris en compte au-delà d’un demi SMIC à l’année, indemnités de stage, revenus d’apprentissage et transferts de la famille). On a du mal à voir où est la cohérence des propositions de l’UNEF. D'un côté, l'UNEF se bat contre le salariat étudiant et, de l'autre, elle entend baser en partie l'allocation sur les revenus tirés des petits boulots et des stages, symboles de la précarité ! Dois-je ainsi comprendre qu'un étudiant obligé de travailler pour payer ses études percevra une allocation moindre sous prétexte qu'il touche 0,6 SMIC ? Pourquoi d’ailleurs un étudiant travaillerait-il s’il sait que, sans ressources et habitant seul, il touchera 1000 euros d’allocation ? Celle-ci, logiquement, deviendrait une allocation universelle, non ? Une allocation que tous, même les plus riches, pourraient percevoir.

 

Est-il juste de donner 1000 euros d'allocation d'autonomie à un étudiant issu d'un milieu aisé sous prétexte qu'il vit dans un studio et désire être plus autonome financièrement par rapport à ses parents ? Quant aux transferts de la famille (pensions alimentaires, etc.), dont l’UNEF affirme qu’il faudra tenir compte pour le montant de l’allocation, chacun sait qu’un grand nombre de ces versements ne sont pas déclarés et se font "sous la table". Comment l’UNEF compte-t-il évaluer le montant réel de ces versements ? Pour résumer, si mes parents sont riches, il me suffira de prendre un studio, de ne pas travailler (cela va de soi) pour toucher une allocation de 1000 euros tout en recevant de l’argent non déclaré de mes parents. Je me demande sérieusement pourquoi les étudiants des beaux quartiers n’adhèrent pas à l’UNEF.

 

Enfin, parmi les arguments de mes camarades de l’UNEF, j'entends dire que des parents indignes n'ont pas laissé à leurs pauvres petits le choix de leurs études et que cette allocation leur permettrait de choisir leur voie. Juste deux remarques. D’une part, a-t-on des statistiques sur la terrible situation des petits bourgeois victimes de l’obscurantisme de leurs parents? D’autre part, je rappelle que ces derniers ont l'obligation légale de porter assistance à leurs enfants quelque soit leur âge. Je maintiens donc qu'il est aberrant et injuste d’attribuer une allocation d’études sans prendre en considération les revenus des parents.

 

Au final, on l’a bien compris, cette mesure destinée aux classes moyennes et supérieures, du reste largement représentées à l’université, pénalise les étudiants issus des milieux les plus modestes. L’allocation d’autonomie individualisée proposée par l’UNEF risque de se révéler non seulement incohérente mais injuste et inadaptée. Il serait en revanche bien plus pertinent d'augmenter substantiellement non seulement le nombre de boursiers, mais le montant des bourses. Les aides au logement pour les étudiants – dont les conditions d’attribution sont actuellement scandaleuses – seraient entièrement refondues dans une allocation dont le montant serait calculé sur la base du revenu des parents. Ici l’objectif principal ne serait pas nécessairement l’autonomie, mais tout simplement la justice et la garantie d’une véritable équité.



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