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Lettre ouverte à mes camarades de l’UNEF – Suite. A propos de l’allocation d’autonomie individualisée


Les Agit Propalogandistes, le 16/03/2007 à 0:10 / dans : Education


Dans ma précédente lettre ouverte à mes camarades de l’UNEF, j’évoquais la question des droits de scolarité, estimant qu’il était possible d’instaurer un système de frais de scolarité progressifs sans aggraver les inégalités entre les universités. Cette lettre a suscité un certain nombre de réactions à la lumière desquelles chacun est libre de se faire sa propre opinion. Ce débat a également permis d’interroger la pertinence d’une des propositions-phares de l’UNEF, l’allocation d’autonomie individualisée. A ce propos, je reconnais que je suis allé un peu vite en besogne en affirmant que l’UNEF proposait de créer une allocation d’autonomie "universelle", ce qui n’est pas exactement le cas et je tiens à m’excuser auprès de nos lecteurs si je les ai égarés.

 

Ceci dit, j’aimerais ici ouvrir une discussion sur cette fameuse allocation d’autonomie individualisée que propose l’UNEF. En quoi consiste-t-elle ? D'après le dossier de l'UNEF, le montant de cette allocation, pouvant atteindre 1100 euros, serait calculé, non pas sur la base des revenus des parents comme c’est actuellement le cas dans le système actuel de bourses sur critères sociaux (d’autres critères entrent également en compte comme le nombre d’enfants, les handicaps, etc.), mais à partir de la situation propre de l’étudiant selon une série de critères : 1) le logement, 2) le niveau de revenu (revenus du travail pris en compte au-delà d’un demi SMIC à l’année, indemnités de stage, revenus d’apprentissage et transferts de la famille), 3) le coût de la vie dans l’académie.

 

Tout d’abord, sur le logement, l’UNEF propose d’intégrer dans l’allocation la part correspondant aux actuelles aides au logement pour les étudiants occupant seul un logement. Comment doit-on comprendre cette proposition ? Cela exclut-il les étudiants vivant à plusieurs (ce qui est mon cas) dans un logement, c’est-à-dire en colocation ? Je rappelle qu’actuellement, pour les personnes vivant en colocation, les aides sont systématiquement divisées par le nombre de personnes louant l’appartement. Par ailleurs, que fait-on des étudiants contraints de rester chez leurs parents car ces derniers n’ont pas les moyens de leur payer un logement ? D’après l’UNEF, « un jeune habitant seul et sans ressource doit pouvoir bénéficier d’une allocation lui permettant de faire face à l’ensemble de ses besoins, tandis qu’un jeune qui vit chez ses parents et bénéficie de transferts de sa famille doit percevoir une allocation d’un montant inférieur. » Ainsi, un étudiant dont les parents sont en mesure de lui payer un logement touchera une allocation supérieure à celle accordée à un jeune dont les parents n’ont pas assez de moyens pour lui permettre de vivre seul. Est-ce là le moyen le plus efficace d’aider les étudiants les plus défavorisés à devenir autonomes ? Faut-il rappeler à l’UNEF que l’un des problèmes est l’absence d’égalité entre les étudiants dans l’accès au logement ? Ne faudrait-il pas mieux fusionner les aides au logement pour les étudiants, actuellement attribuées suivant des critères injustes, avec les bourses dont le montant serait modulé suivant les revenus des parents ?

 

Venons-en au deuxième critère d’attribution de l’allocation : le niveau de revenu des étudiants (revenus du travail pris en compte au-delà d’un demi SMIC à l’année, indemnités de stage, revenus d’apprentissage et transferts de la famille). On a du mal à voir où est la cohérence des propositions de l’UNEF. D'un côté, l'UNEF se bat contre le salariat étudiant et, de l'autre, elle entend baser en partie l'allocation sur les revenus tirés des petits boulots et des stages, symboles de la précarité ! Dois-je ainsi comprendre qu'un étudiant obligé de travailler pour payer ses études percevra une allocation moindre sous prétexte qu'il touche 0,6 SMIC ? Pourquoi d’ailleurs un étudiant travaillerait-il s’il sait que, sans ressources et habitant seul, il touchera 1000 euros d’allocation ? Celle-ci, logiquement, deviendrait une allocation universelle, non ? Une allocation que tous, même les plus riches, pourraient percevoir.

 

Est-il juste de donner 1000 euros d'allocation d'autonomie à un étudiant issu d'un milieu aisé sous prétexte qu'il vit dans un studio et désire être plus autonome financièrement par rapport à ses parents ? Quant aux transferts de la famille (pensions alimentaires, etc.), dont l’UNEF affirme qu’il faudra tenir compte pour le montant de l’allocation, chacun sait qu’un grand nombre de ces versements ne sont pas déclarés et se font "sous la table". Comment l’UNEF compte-t-il évaluer le montant réel de ces versements ? Pour résumer, si mes parents sont riches, il me suffira de prendre un studio, de ne pas travailler (cela va de soi) pour toucher une allocation de 1000 euros tout en recevant de l’argent non déclaré de mes parents. Je me demande sérieusement pourquoi les étudiants des beaux quartiers n’adhèrent pas à l’UNEF.

 

Enfin, parmi les arguments de mes camarades de l’UNEF, j'entends dire que des parents indignes n'ont pas laissé à leurs pauvres petits le choix de leurs études et que cette allocation leur permettrait de choisir leur voie. Juste deux remarques. D’une part, a-t-on des statistiques sur la terrible situation des petits bourgeois victimes de l’obscurantisme de leurs parents? D’autre part, je rappelle que ces derniers ont l'obligation légale de porter assistance à leurs enfants quelque soit leur âge. Je maintiens donc qu'il est aberrant et injuste d’attribuer une allocation d’études sans prendre en considération les revenus des parents.

 

Au final, on l’a bien compris, cette mesure destinée aux classes moyennes et supérieures, du reste largement représentées à l’université, pénalise les étudiants issus des milieux les plus modestes. L’allocation d’autonomie individualisée proposée par l’UNEF risque de se révéler non seulement incohérente mais injuste et inadaptée. Il serait en revanche bien plus pertinent d'augmenter substantiellement non seulement le nombre de boursiers, mais le montant des bourses. Les aides au logement pour les étudiants – dont les conditions d’attribution sont actuellement scandaleuses – seraient entièrement refondues dans une allocation dont le montant serait calculé sur la base du revenu des parents. Ici l’objectif principal ne serait pas nécessairement l’autonomie, mais tout simplement la justice et la garantie d’une véritable équité.



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Commentaires / Gueulantes
Le 15/02/2007 - 11:45, par Gwenolé -
En ce qui concerne le logement et le salariat étudiant, tes critiques ne sont pas pertinentes dans la mesure où elles s'appliquent à la situation avant instauration d'une allocation autonomie. Effectivement, dans cette situation, il existe des inégalités dans l'accès au logement, des inégalités face au travail... Mais si, comme le propose l'UNEF, et que tu le cites d'ailleurs toi-même, « un jeune habitant seul et sans ressource doit pouvoir bénéficier d’une allocation lui permettant de faire face à l’ensemble de ses besoins, tandis qu’un jeune qui vit chez ses parents et bénéficie de transferts de sa famille doit percevoir une allocation d’un montant inférieur. », cela suppose que chaque jeune, du fait de l'allocation autonomie, doit avoir la possibilité d'accéder à un logement autonome et de ne pas avoir à travailler, puisque ces coûts seront couverts par l'allocation autonomie.
Une fois l'allocation autonomie mise en place, chaque jeune aura réellement le choix d'accéder à un logement autonome ou non, de se salarier ou non. A partir de là, il est légitime que le jeune qui choisit de rester chez ses parents ne perçoive pas d'allocation logement, que celui qui choisit de se salarier par exemple parce qu'il souhaite acquérir une expérience professionnelle, ne se voie pas verser en plus une allocation autonomie.

Sur la signification du "seul", il me semble que ce terme, certes impropre, signifie en fait "autonome", c'est à dire pas chez sa famille. Evidemment, l'allocation autonomie ne pénalisera pas les colocations.

En ce qui concerne les étudiants issus de milieux sociaux favorisés, eh bien oui, ils ont le droit à l'autonomie au même titre que tous les autres. Je ne conçois pas ma gauche comme celle d'une "revanche sociale" qui pénaliserait les enfants issus de milieux aisés à cause de la situation de leurs parents : ce n'est pas parce qu'on vit dans un superbe appartement du XVIè arrondissement qu'on a envie de continuer à habiter chez ses parents à 23 ans. Et ne t'inquiète pas : l'allocation autonomie ne permettra pas de s'acheter un studio non plus...

Finalement, ton argument sur les transferts "sous la table", est pertinent, et c'est justement l'un des objectifs de l'allocation autonomie d'inciter fortement les parents à déclarer ce qu'ils donnent à leurs enfants. En effet, deux solutions : soit ils déclarent ce qu'ils donnent, auquel cas, l'allocation autonomie est réduite, mais ces sommes sont défiscalisées, soit ils ne déclarent pas ce qu'ils donnet, auquel cas ils paient l'impôt plein pot sur ces sommes. Il y aura un certain plafond, que j'avoue ne pas avoir calculé mais que je souhaite le plus bas possible, à partir duquel il deviendra plus rentable pour les parents de déclarer ce qu'ils donnent plutôt que de percevoir une allocation autonomie. Cela laisse donc le choix à l'étudiant de savoir s'il préfère une allocation autonomie, suffisante pour vivre mais pas mirobolante, ou des sommes plus élevées versées par ses parents. Encore une fois, il aura donc le choix de l'autonomie, même si on ne peut pas l'y forcer.

Dans l'ensemble, les classes aisées seront largement perdantes par rapport à la situation actuelle puisque, je te le rappelle, le système actuel verse 1,3 milliards d'euros par an en bourses aux plus pauvres, et 1,7 milliards en exonérations fiscales aux plus riches (qui, de surcroît, sont moins nombreux).

C'est donc à une nouvelle redistribution, et bien plus large, et bien plus efficace, que procéderait l'allocation autonomie universelle et individualisée.

Finalement, l'argument des parents qui "doivent assistance" à leurs enfants est une belle fiction juridique. Imagines-tu un jeune de 18 ans porter plainte contre ses parents pour pouvoir faire du cinéma plutôt que du droit ? Beaucoup de gens ont des parents très cons sans pour autant envisager de rupture franche avec eux parce que malgré tout, aussi indignes soient-ils, ça reste des parents.
Le 15/02/2007 - 13:04, par Nicolas -
Merci Gwénolé pour ta réaction, elle m'a permis de mieux saisir le sens de la proposition de l'UNEF. Toutefois, si tu permets, j'aimerais revenir sur quelques uns de tes arguments:

1) tu dis qu' "en ce qui concerne le logement et le salariat étudiant, [mes] critiques ne sont pas pertinentes dans la mesure où elles s'appliquent à la situation avant instauration d'une allocation autonomie". Mes critiques concernent autant l'actuel système que celui que propose l'UNEF à travers l'allocation individualisée. C'est pour cette raison que je suis favorable à une fusion des aides au logement et des bourses au sein d'une allocation modulée suivant les revenus des parents. Quant à l'actuel système de bourses, ai-je dit qu'il était parfait? Je répète qu'il faut augmenter le nombre de boursiers et le montant des bourses! Quant aux exonérations fiscales, tu prêches à un convaincu...

2) sur le logement, tu t'écartes un peu du problème que je soulevais. Si j'ai bien compris (?), l'UNEF propose d'intégrer la part correspondant aux aides au logement dans l'allocation pour les étudiants vivant seuls. Tu affirmes qu' "une fois l'allocation autonomie mise en place, chaque jeune aura réellement le choix d'accéder à un logement autonome ou non, de se salarier ou non." Il y a ici, je crois, un problème de séquençage. Il faut aider les étudiants qui, en amont, n'ont pas les moyens d'accéder à un logement "individuel". Ce n'est pas une histoire de choix, comme tu l'affirmes, mais de disparités entre les revenus des parents. Ces disparités s'expriment non seulement à travers la charge du loyer de l'étudiant, mais aussi, et je dirais même surtout, au moment où il faut avancer la caution et le mois d'avance. C'est pourquoi il est injuste d'intégrer cette part d'aides au logement dans l'allocation. Il vaudrait mieux fusionner aides au logement/ bourses sur un modèle très progressif où les plus modestes toucheraient une forte allocation.

Au final, le "choix" dont tu parles est une escroquerie qui masque les inégalités de départ entre étudiants. Ce que l'UNEF s'acharne à ne pas voir, c'est que ces inégalités entre étudiants participent principalement des disparités de revenus entre parents! Enfin, ne t'inquiète pas pour les "jeunes du XVIe", en général, leurs parents leur louent un appart. Je ne suis pas dans un délire de "revanche sociale", mais j'aspire à une véritable équité.

3) sur la question du niveau de revenu, tu ne réponds pas au problème! Je répète: si je suis riche, que je vis seul (grâce à mes parents) et que je ne travaille pas (j'en ai pas besoin), cela signifie-t-il que je toucherai une allocation supérieure à celle qui sera accordée à un étudiant qui vit chez ses parents (ils ne peuvent pas lui payer un appart) et doit travailler (il doit aider ses parents chômeurs ou RMIstes)?

Enfin, sur la soi-disante expérience professionnelle, soyons sérieux! De quelle expérience professionnelle parles-tu? Tu crois que c'est en deug, en licence et même en maitrise qu'on a besoin d'une expérience professionnelle? Finalement, si je suis ton raisonnement, dans ton système, on "permet" aux étudiants de "travailler plus pour gagner plus"? Crois-tu sincèrement que, même avec cette allocation d'autonomie, les étudiants auront vraiment le choix entre travailler et ne pas travailler?

Quant aux transferts des familles, le "plafond" dont tu parles est très abstrait. Les deux solutions que tu décris existent déjà et crois-moi qu'il est souvent bien plus intéressant, quand on a beaucoup d'argent, de ne pas déclarer ces versements. Et puis, enfin, Gwénolé, regarde autour de toi à Sciences-Po et demande aux étudiants de Sciences-Po d'où viennent leurs ressources.

Plus fondamentalement, je crois que nos divergences sur cette question procèdent de points de vue différents quant aux objectis à atteindre. L'UNEF cherche avant tout à garantir l'autonomie des étudiants. Je crois qu'il s'agit d'une revendication sociologiquemennt située dans l'aspiration des classes moyennes à défendre leur position sociale et le déclassement qui les menace. Pour ma part, je pense que la priorité en France actuellement pour l'enseignement supérieur est de garantir les conditions les plus équitables possibles d'accès à l'enseignement supérieur.
Le 15/02/2007 - 14:17, par Gwenolé -
Comment veux-tu qu'on discute jamais avec toi, si tu t'obstines à ne pas prendre en compte les arguments que j'avance ??

Tu me dis que tes critiques "concernent les deux systèmes", or, ce sont deux systèmes fondamentalement différents ! Si chaque étudiant bénéficie d'une allocation d'autonomie suffisante pour prendre un logement autonome (c'est la proposition de l'UNEF), alors il n'y aura plus d'inégalités dans l'accès au logement (sinon que les riches auront de meilleurs logements que les pauvres, mais ça, je ne vois pas comment on le changerait).
A partir de là, avoir un logement autonome ou non, cela devient un CHOIX. Certains étudiants peuvent préférer rester chez leurs parents, et dans ce cas, je ne vois pas pourquoi on leur verserait des allocations logement. De même pour le salariat : ce qu'il faut combattre, c'est le salariat contraint, découlant de raisons économiques. Si chaque étudiant peut recevoir une allocation autonomie suffisante pour financer ses études, et qu'il préfère néanmoins se salarier, c'est son choix, et je pense qu'il ne concernera que quelques rares étudiants vers la fin de leurs études. Je vois mal quelqu'un vouloir travailler chez MacDo en première année et rater ses études pour ne surtout pas avoir d'allocation autonomie !

Tu me dis qu'il faut aider en amont les étudiants qui ne peuvent pas accéder à un logement. Oui ! Cette aide s'appelle une allocation autonomie !
Elle est par ailleurs complétée par des dispositifs comme le cautionnement solidaire, déjà ébauché dans le Locapass, le fonds de garantie publics... que l'UNEF propose dans son projet de statut social de l'étudiant, et dont l'allocation d'autonomie n'est que le projet-phare.

La différence entre nous, c'est que toi, tu vois un état de fait (les inégalités entre étudiants découlent des inégalités de revenu des parents), et que pour changer cet état de fait, tu essaies d'en gommer les conséquences au lieu d'en attaquer les causes. Or, la cause principale de ce fait, c'est que l'absence de dispositif public permettant l'autonomie de chaque étudiant OBLIGE les étudiants à se faire financer par leurs parents ! Tant qu'on ne déconnecte pas le financement des études des revenus des parents, ça va continuer, et les bourses, si elles peuvent être un palliatif, ne résolvent pas le problème.
Donc oui : aujourd'hui, le salariat étudiant n'est pas un choix, mais une contrainte, aujourd'hui, le logement autonome n'est pas un choix, mais un privilège, et justement, c'est ce que l'allocation autonomie peut changer.

Je vais reprendre ton exemple :

" Si je suis riche, que je vis seul (grâce à mes parents) et que je ne travaille pas (j'en ai pas besoin), cela signifie-t-il que je toucherai une allocation supérieure à celle qui sera accordée à un étudiant qui vit chez ses parents (ils ne peuvent pas lui payer un appart) et doit travailler (il doit aider ses parents chômeurs ou RMIste)? "

Cet exemple est symptômatique de ton incompréhension pour le système de l'allocation autonomie. Si l'étudiant vit seul grâce à ses parents, il ne vit pas dans une situation d'autonomie, puisque ce sont ses parents qui financent son logement ! Deux solutions : soit le bail est signé par ses parents, auquel cas il est considéré comme vivant "chez ses parents", et ne touche pas la part de l'allocation autonomie consacrée au logement. Soit ses parents lui transfèrent l'argent pour payer son bail lui-même, auquel cas, il reçoit des transferts d'argent importants qui diminuent fortement son allocation d'autonomie. Dernier cas : les parents ne déclarent pas l'argent qu'ils donnent à leur enfant, et son fortement imposés dessus, ce qui n'est pas compensé par le gain en allocation d'autonomie. Dans tous les cas, ce sont les familles aisées qui y perdent, les pauvres qui en profitent.

Pour l'étudiant dont les parents sont chômeurs ou RMistes, il n'est pas obligé de rester chez eux puisque, s'il déménage, il pourra toucher une allocation autonomie qui permet de financer son logement autonome, et il peut toucher, avec cette même allocation d'autonomie, suffisamment pour financer ses études, ce qui diminue d'autant la charge qu'il constitue pour ses parents. Ensuite, si ses parents sont au chômage, leur cas relève des minima sociaux et du RMI, et non pas de l'allocation autonomie.

Et pour finir : non, l'autonomie des étudiants n'est pas un rêve de classe moyenne, c'est l'aspiration partagée de toute une catégorie de la population, de toute la jeunesse. Elle n'est pas non plus incompatible avec le fait de donner un accès le plus équitable possible à l'enseignement supérieur : elle en est la condition, puisqu'elle permet à chacun de faire des études sans contraintes matérielles ni pour lui, ni pour sa famille.
Le 15/02/2007 - 14:26, par makhno -
L'autonomie n'est pas un combat petit-bourgeois! Ne pas pouvoir choisir son orientation, c'est profondément aliénant et il n'y a que des gens de droite à qui papa-maman ont tout payé et qui ont pu faire sciences-po qui disent le contraire. Je suis militant de SUD, mais j'ai rien contre l'allocation autonomie telle que la propose l'UNEF, sous conditions. L'UNEF n'aborde pas assez la question de la pédagogie, peut-être du fait que c'est un syndicat étudiant qui n'a pas assez de liens réels (je parle pas de partenariats à la con) avec les profs et l'enseignement. Je parlais récemment à un prof de philo en L1 à la fac en province: 0 % de ses éléves arriveront au doctorat. Tous arrêteront avant la licence. La philo c bouché, les types n'ont aucune chance de s'en sortir là dedans. Et pourtant, ils ont peu de modules de langues, quand le prof veut leur faire un cours de méthode (un des seuls trucs qui pourra leur être utile autre part qu'à la fac) ils gueulent parce que le système scolaire les a brisés et habitués à une autorité toute puissante qui ne les incite pas à penser par eux-mêmes. Payer une allocation d'autonomie à ces gens, c gâcher du fric de l'Etat dirait la droite, mais c surtout faire croire à ces gens qu'ils ont un avenir en philo alors qu'ils n'en n'ont aucun. Ils passent deux ou trois ans dans un truc où ils n'apprendront rien d'utile pour plus tard, se feront chier et finiront livreur chez pizza hut. Mais le président de l'IUFR dit: "ah, il faut qu'on garde bcp d'éléves, sinon on va nous baisser nos crédits". Alors on attire et on maintient des gens dans des filières pourries sans débouchés. La solution de l'UNEF à tout c'est:plus de fric pour les étudiants. La solution de l'UNSA: plus de frics pour les profs. La solution de la Conférence des présidents d'université:plus de fric pour les universités et plus d'autonomie financière. Mais au lieu de faire de la question du fric la question centrale, pourquoi ne pas se poser d'abord la question de la pédagogie?
Le 15/02/2007 - 15:49, par Nicolas -
Cher Makhno (j'aime ce nom),
depuis quand les anars font-ils confiance à l'Etat pour leur donner de l'argent?

Blague à part, je suis complètement d'accord avec ce que tu dis. La seule différence, c'est que, moi, au lieu de donner "plus de fric pour les étudiants" comme le propose l'UNEF, je suis pour qu'on en donne plus à ceux qui en ont besoin de façon progressive.

Quant à l'autonomie, j'en ai rien battre. C'est une revendication d'étudiant en 1ère année qui a du mal à digérer son adolescence et son rapport avec ses parents. Je vais avoir 26 ans, j'ai toujours été boursier et mes parents continuent à m'aider avec leurs moyens et ça ne me pose aucun problème existentiel. Ma préoccupation essentielle, c'est l'équité, pas l'autonomie. En revanche, je suis pour une augmentation substantielle des bourses et l'accroissement du nombre de boursiers pour une véritable équité.
Le 15/02/2007 - 16:04, par Nicolas -
Gwénolé,
je tiens tout d'abord à te remercier de fournir des explications plus claires que celles contenues dans le dossier de l'UNEF. Plusieurs remarques:

Concernant le logement, tes explications sont certes plus claires mais la place des aides au logement dans ton système n'est pas encore très limpide. Concrètement, si j'ai bien compris ce que tu disais, quand l'étudiant enverra sa "déclaration" pour toucher l'allocation, le montant de celle-ci ne sera donc pas calculée selon le critère du logement (seul ou chez ses parents) puisque le versement des aides au logement ne pourra intervenir qu'après. Je pense que là on s'est compris.

Toutefois, il reste deux problèmes. "La part correspondant aux aides au logement" (pourquoi d'ailleurs une formule si alambiquée alors qu'il s'agira toujours d'aides au logement) sera-t-elle attribuée suivant les mêmes critères injustes qui prévalent aujourd'hui? Je ne touche personnellement que 110 euros d'aides au logement sous prétexte que je vis en colocation alors que j'ai toujours été boursier. A l'inverse, je connais des étudiants qui, vivant dans un studio, touchent le double alors que leurs parents ont largement les moyens de prendre en charge l'intégralité du loyer. Est-ce juste? Ma question est donc la suivante: si l'UNEF compte réformer les conditions d'attribution des aides au logement, sur quels critères reposera l'attribution et le montant de ces aides? Je crois personnellement qu'il est difficile dans ce cas de faire abstraction du revenu des parents.

Pourquoi ne dis-tu rien sur le système que je propose: fusionner bourses / aides au logement dans une allocation calculée suivant les revenus des parents? Est-ce que l'étudiant défavorisé serait moins autonome? Il pourrait prendre un logement et payer ses études, non? Quant aux autres, il toucheraient de façon progressive uen allocation modulée sur le revenu des parents, le seul critère qui compte.

Je sais ce qut vas me dire: l'autonomie!

Le problème, c'est que tu es obnubilé par l'autonomie financière. Personnellement, je n'ai pas besoin d'être autonome financièrement pour me sentir auto-nome. Ma préoccupation essentielle, c'est l'EQUITE, et non l'autonomie. C'est pourquoi je suis favorable (désolé de me répéter) à une augmentation des bourses et des boursiers sans limitation dans le temps. Cela signifierait par exemple que les étudiants les plus en difficulté doivent toucher une allocation très importante leur permettant d'assurer leurs moyens d'existence sans être une charge pour leurs parents. Quant aux autres, je les laisse à leurs tourments existentiels.
Le 15/02/2007 - 19:22, par Gwenolé -
Je ne conçois pas l'équité, et encore moins l'égalité, sans l'autonomie. Tant qu'il y aura des étudiants qui auront les moyens d'être autonomes et d'autres qui n'en auront pas les moyens, les inégalités persisteront.

Le combat de l'UNEF est un combat pour l'émancipation de toutes les tutelles, y compris familiales, et nous ne nous satisferont pas d'une égalité dans la dépendance.
Le 15/02/2007 - 19:43, par Virginie et Guillaume -
Gwénolé, tu écris "Dernier cas : les parents ne déclarent pas l'argent qu'ils donnent à leur enfant, et sont fortement imposés dessus, ce qui n'est pas compensé par le gain en allocation d'autonomie" : une allocation d'autonomie permettant à un étudiant de prendre en charge son loyer et sa subsistance représenterait au minimum 10.000 euros par an (et encore, en mangeant des pâtes à tous les repas). Les déductions fiscales concédées aux parents qui déclarent verser de l'argent à leur(s) enfant(s) ne dépasseront jamais cette somme. Je ne vois donc pas comment on peut soutenir que les impôts dont tu parles ne seront pas compensés par l'allocation. Autrement dit il y a fort à parier que, comme le dit Nicolas, cette allocation devienne universelle ; il sera toujours plus avantageux pour des familles aisées de laisser l'Etat subvenir aux besoins de leurs enfants.

Plus largement : pourquoi cette insistance de l'UNEF sur l'autonomie des étudiants ? Si effectivement des étudiants peinent à subvenir à leurs besoins, la solution de Nicolas d'augmenter les bourses et le nombre de boursiers suffit. La question du revenu étudiant est surtout une question de survie ! Et elle ne touche pas "l'ensemble des étudiants", comme l'UNEF aimerait le faire croire. Elle touche entre un tiers et la moitié des étudiants.
Tu dis : "Et pour finir : non, l'autonomie des étudiants n'est pas un rêve de classe moyenne, c'est l'aspiration partagée de toute une catégorie de la population, de toute la jeunesse". Qu'est-ce-que tu en sais ? Ce que je sais pour ma part, c'est que l'aspiration d'une partie des étudiants (mais pas tous !), c'est de pouvoir vivre et étudier, avec ou sans ses parents !
Ce que l'UNEF ne veut pas voir clairement, c'est que cette allocation répondrait en fait à deux attentes distinctes : pour une partie des étudiants qui la toucheraient, ce serait une question de confort psychologique (et de statut social et juridique) ; pour les autres, il s'agirait simplement de vivre dans des conditions matérielles décentes. Où est l'urgence, selon l'UNEF ? La revendication d'autonomie universelle resssemble fort à une demande d'enfant gâté.
Le 15/02/2007 - 19:54, par Virginie et Guillaume -
"Le combat de l'UNEF est un combat pour l'émancipation de toutes les tutelles, y compris familiales, et nous ne nous satisferont pas d'une égalité dans la dépendance". Chouette, l'UNEF est anar ! Tu as raison, Gwénolé, supprimons la tutelle de l'enseignant sur ses élèves, la tutelle de l'entreprise sur ses salariés. Et puis allons plus loin encore : supprimons la plus pesante de toutes les tutelles, celle de l'Etat et de ses prébendes qui nous asservissent et nous infantilisent, qui nous empêchent d'être des grandes personnes : les allocations en tous genres. Vive "l'Unique et sa propriété" !
Le 15/02/2007 - 20:39, par makhno -
Pfff... Quelle bande de blaireaux... "La révolution n'est pas un dîner de gala" ;)
Et souvenez-vous, si on appelle ça lutte des classes, c pour une raison!
Le 16/02/2007 - 0:43, par Gwenolé -
" Une allocation d'autonomie permettant à un étudiant de prendre en charge son loyer et sa subsistance représenterait au minimum 10.000 euros par an (et encore, en mangeant des pâtes à tous les repas). Les déductions fiscales concédées aux parents qui déclarent verser de l'argent à leur(s) enfant(s) ne dépasseront jamais cette somme. "

Sauf que les familles des classes moyennes supérieures et aisées versent BEAUCOUP PLUS que 10 000 euros par an à leur progéniture, et je ne pense pas que Charles-Henri de Neuilly soit spécialement enclin à manger des pâtes à tout les repas, comme tu dis. L´allocation autonomie concernera donc relativement peu les familles aisées, et leur coûtera au contraire très cher, car nous proposons de la financer en partie par la suppression de la demi-part fiscale pour les étudiants à charge.

Quant à dire que l´autonomie n´est pas l´aspiration d´une génération... eh bien, c´est faux ! 60% des étudiants vivent chez leurs parents, 75% d´entre eux déclarent le faire par contrainte financière.
Je n´ai pas de chiffre concernant les pressions exercées par des parents sur le choix d´études des enfants, mais cela existe, et c´est beaucoup plus répandu qu´on ne le croit : vous vous en rendriez compte en militant quotidiennement auprès d´étudiants de tous horizons. Seulement, c´est quasiment impossible à quantifier.

Je suis désolé si je refuse de faire de la revanche sociale : malgré tout, je n´arriverai jamais à rendre responsables des enfants de ce que font ou sont leurs parents.
Le 16/02/2007 - 1:18, par Jacques Brel -
"Fils de bourgeois
Ou fils d'apôtres
Tous les enfants
Sont comme les vôtres
Fils de César
Ou fils de rien
Tous les enfants
Sont comme le tiennnnn"

Laaaahh lalaaalaaah
lalaaaah lalaaaaah
Le 16/02/2007 - 7:16, par Guillaume -
Bon, Gwenolé, je pense qu'on ne se comprend absolument pas sur cette question de la fiscalité. Je reprends donc : tu dis qu'une fiscalité incitative poussera une famille aisée à déclarer l'argent qu'elle donne à son enfant : les sommes versées seront "défiscalisées", ce qui incitera les parents à les déclarer au fisc. Dans le cas inverse, si les parents ne déclarent pas les sommes versées à leur enfant, ils ne bénéficieront pas de la défiscalisation ; cette perte, comme tu dis, ne serait "pas compensée par le gain en allocation d'autonomie" : et pourquoi donc ???? Il faut en effet supposer, pour que tu aies raison, que la perte consécutive à la non-déclaration, soit supérieure au gain de l'allocation d'autonomie. Tu parles d'un "plafond que (tu) souhaiterais le plus bas possible à partir duquel il deviendra plus rentable pour les parents de déclarer ce qu'ils donnent plutôt que de percevoir une allocation autonomie" : c'est sympathique d'avoir des souhaits en fiscalité, c'est mieux d'avoir des chiffres un peu solides, surtout quand on veut engager une réforme qui se chiffre en dizaines de milliards d'euros !

Comme je suis gentil et que je n'aime pas m'appuyer sur des visions sociologiques fantasmées, j'ai tenté de calculer ce fameux plafond que tu souhaiterais le plus bas possible. J'ai fait ce calcul à partir d'un foyer fiscal, composé de deux parents déclarant un revenu salarié de 200.000 euros (peut-être est-ce de la classe moyenne à tes yeux ?) avec un enfant étudiant, et en supposant qu'ils donnaient à leur enfant 20.000 euros / an. J'ai calculé, à partir du barême de 2005 (avec 7 tranches), la différence d'impôt net entre une déclaration qui bénéficierait de la défiscalisation (et donc avec 2 parts puisque l'enfant n'est plus considéré à charge) et une autre qui n'en bénéficierait pas (donc 2,5 parts, puisque l'enfant est déclaré à charge) : la différence est d'environ 9.600 euros. A un tel niveau de revenus, en supposant que l'allocation d'autonomie est de 12.000 euros (1000 euros / mois), il est donc encore profitable de 2.400 euros de ne pas déclarer les 20.000 euros versés. Je sais, c'est vraiment très vilain de frauder le fisc, mais, diront-ils, l'Etat leur prend déjà assez d'argent comme ça, on peut bien tricher un peu.

Tout ceci pour te dire que votre système d'incitations fiscales est loin de garantir contre les fraudes.
De manière générale, je suis assez dubitatif sur une politique sociale équitable qui se fonde sur des "incitations fiscales" : comme tu le sais sûrement, la fiscalité n'est pas un jeu neutre socialement : dans les beaux quartiers fleurissent des agences de conseillers fiscaux qui sont experts dans le maniement de ces incitations... Et à ce petit jeu, crois-moi, l'Etat est toujours perdant.

Ceci dit, Gwénolé, ton débat avec Nicolas est très intéressant, et je te remercie pour tes réponses et éclaircissements. Tout ceci m'a permis de bien saisir le programme de l'UNEF. J'ai compris cependant pourquoi je n'adhèrerai jamais à votre syndicat : tous ces jésuitismes pour permettre à quelques fils de bonnes familles en rupture de ban de ne pas dépendre de leurs parents...! Les enjeux ne sont-ils pas ailleurs ?
Et d'ailleurs pourquoi un étudiant, en tant que tel, devrait-il être "autonome" ? Tiens, j'ai une proposition : une allocation autonomie pour tous les travailleurs pour pouvoir dire merde à leurs patrons. Je sais, ça couterait cher, mais pourquoi les salariés devraient-ils être dépendants financièrement de leur employeur ?
Allez, l'UNEF, encore un effort, et vous serez socialistes.
Le 16/02/2007 - 11:20, par Gwenolé -
Guillaume, je répondrai au seul argument que tu as avancé, pour te dire que le calcul que tu fais n'est absolument pas pertinent, puisqu'il s'appuie sur le barême 2005 de l'impôt sur le revenu. Personne, et surtout pas l'UNEF, n'a prétendu que cette réforme serait finançable sans revoir profondément la progressivité et le taux de l'impôt sur le revenu.

Pour tout le reste, je ne sais pas si j'ai encore des efforts à faire pour être socialiste, mais je sais que toi, tu n'en as plus à faire pour être un petit con méprisant.
Je ne te permets pas de juger de mon engagement, de juger de mes motivations, ni surtout de traîner dans la boue le militantisme des centaines d'étudiants qui passent des dizaines d'heures chaque semaine à défendre leurs convictions. On a le droit d'être en désaccord, on n'a pas le droit de mépriser gratuitement.
Le "petit bourgeois fils de bonne famille" t'emmerde donc profondément.
Le 16/02/2007 - 12:26, par Nicolas -
Merci Guillaume pour ta réponse, elle éclaire bien les enjeux fiscaux du débat. Les parents aisés ont davantage intérêt à ne pas déclarer leurs versements d'argent

Cela dit, Gwénolé, je regrette ce petit incident avec Guillaume car cette petite discussion a permis de clarifier un certain nombre de choses et je t'en remercie. J'aimerais simplement, pour conclure, que tu répondes à une question à laquelle tu n'as pas répondu.
Je disais dans un commentaire précédent:

" "La part correspondant aux aides au logement" (pourquoi d'ailleurs une formule si alambiquée alors qu'il s'agira toujours d'aides au logement) sera-t-elle attribuée suivant les mêmes critères injustes qui prévalent aujourd'hui? Je ne touche personnellement que 110 euros d'aides au logement sous prétexte que je vis en colocation alors que j'ai toujours été boursier. A l'inverse, je connais des étudiants qui, vivant dans un studio, touchent le double alors que leurs parents ont largement les moyens de prendre en charge l'intégralité du loyer. Est-ce juste? Ma question est donc la suivante: si l'UNEF compte réformer les conditions d'attribution des aides au logement, sur quels critères reposera l'attribution et le montant de ces aides? Je crois personnellement qu'il est difficile dans ce cas de faire abstraction du revenu des parents".

Qu'en penses-tu?

Le 16/02/2007 - 12:53, par Gwenolé -
Je pense que l'allocation logement doit permettre de se loger, quel que soit le revenu des parents.
L'injustice aujourd'hui vient de ce que les allocations permettent à certains de se faire de l'argent de poche, et ne permet pas aux autres de financer leur loyer, notamment parce que les transferts éventuels de la famille ne sont pas pris en compte.
Je ne pense pas, mais c'est là tout le sens du combat pour l'autonomie, qu'il faille prendre en compte le revenu des parents, mais le niveau effectif des transferts.
Le 16/02/2007 - 14:23, par Nicolas -
Mais, Gwénolé, ton système est ubuesque. Pourquoi se prendre la tête à prendre en considération les transferts "effectifs" dont nous avons démontré qu'il était quasiment impossible de déterminer le montant réel alors qu'il suffirait juste de prendre en compte les revenus des parents?

Il est clair d'autre part que les incitations fiscales ne suffiront pas pour pousser les parents les plus aisés à déclarer tous leurs versements.

Enfin, j'ajouterai que les inégalités,même avec ce type d'allocation, existeront toujours. En effet, qui paiera les biens matériels non considérés comme des transferts familiaux? Qui paiera l'ordinateur, le frigo, le portable, etc, etc., sinon les parents? Il s'agit bien de transferts "invisibles" qu'il est impossible d'imposer, non? Au final, ton système d'incitations fiscales a pâle figure!
Le 16/02/2007 - 14:33, par Jedediah -
Mais, Gwenolé, comment feras-tu pour "connaître le niveau effectif des transferts" ? L'argent de poche refilé aux étudiants par leurs parents ne sera jamais déclaré, l'exemple de Guillaume le démontre assez bien. Qu'est-ce qui te convainc du contraire ? Des chiffres ? montre-les nous ! si seulement tu pouvais ! Le problème, c'est qu'on ne sait pas, et qu'on ne saura jamais combien d'argent circule ainsi en douce. Tout ça, c'est des voeux pieux : on ne peut pas faire de calculs avec des chiffres clandestins ! Tu fais vraiment à ce point confiance aux gens aisés pour accepter de tout déclarer, sous prétexte de quelques petites incitations fiscales ? Une petite ristourne en échange de bonne foi fiscale ? Ils n’y ont pas intérêt, on ne peut pas leur faire confiance, même avec de petites incitations. Avec ton principe universel, tu risques de favoriser les plus rusés, qui sont déjà convaincus qu'ils paient trop d'impôts, et qui ne seront que trop heureux de gruger un peu...

Certes, avec notre idée, on risque de pénaliser les étudiants issus de milieux aisés mais en rupture de ban, non soutenus par leurs parents. On pourra toujours alors faire au cas par cas : ces étudiants ont en effet tout autant besoin de cette allocation. Mais c'est de toute façon assez marginal par rapport aux étudiants qui font des petits boulots, vivent dans de minuscules studettes, sans argent de poche, avec que dalle d'APL et de bourses, et finissent par quitter l'université, Deug ou licence éventuellement en poche ! C'est à ces étudiants-là qu'il faut apporter prioritairement des réponses. Parce qu’en plus du désarroi psychologique, ils sont dans la merde, ils raquent DEUX FOIS.

Le désarroi d'un étudiant issu d'une famille aisée, et qui souhaite ou se retrouve forcé à être autonome doit être considéré, d’accord. Mais il faut hiérarchiser les priorités : la misère matérielle de l'étudiant pauvre, sans le sou et sans soutien aucun, c’est ça l’urgence. Nous admettons que nous situons notre argumentaire : du côté de ceux qui, en plus des problèmes psychologiques et de désirs frustrés d’autonomie, ONT QUE DALLE et du coup abandonnent leurs études.

Toi, tu refuses d'admettre que derrière ton idée de l'autonomie, il y a les intérêts d'une minorité – il y a tout de même plus d’étudiants pauvres dans la merde que d’étudiants issus de familles aisées se sentant mal parce qu’ils n’ont pas leur « autonomie ». C'est là qu'il y a une « mystification bourgeoise » : tu fais passer pour universelle une conception – eh oui – socialement située de l’intérêt et de la définition de « l’étudiant », comme si celui-ci pouvait être considéré en soi. Je ne parle pas de tes intentions, je ne pense pas que tu sois « à la solde des riches », mais ton discours favorise leur position. Nous, nous prenons en compte la situation sociale de l’étudiant : nous ne voulons pas stigmatiser l’origine – on ne veut pas faire la chasse au bourge ! – mais un certain réalisme doit prévaloir : la situation des parents détermine le plus souvent celle des étudiants, et l’Etat est là pour compenser ces inégalités. Pour être efficace et le plus juste possible, on ne peut pas partir de ta conception du statut de l’étudiant (la fiction universelle d’un être aspirant à « l’autonomie »), mais des ségrégations sociales concrètes, avec des situations multiples.
Le 17/02/2007 - 10:11, par makhno -
Je vais encore faire une remarque qui doit sembler totalement hors de propos à ceux qui sont persuadés que la question importante c'est l'allocation d'autonomie, mais je pense que l'argent est une question secondaire actuellement dans le système d'enseignement supérieur français. Pas secondaire dans le sens moins importante, car il y a des étudiants qui vivent dans des conditions dramatiques, mais secondaire en terme logique. Les gens de l'UNEF me rétorqueront: mais c'est parce que tu es un bourgeois, etc..., pense aux étudiants qui doivent abandonner leurs études à la FAC pour des raisons financières... Je pense que l'enseignement supérieur français vis un drame, c'est de maintenir sous perfusion financière des tas d'étudiants dans des matières qui sont mal enseignées, où on leur fait croire qu'il y a des débouchés alors qu'il y en a pas, en leur mentant sur la "pluridisciplinarité" de certains diplômes de fac par exemple (master de philo: tu as le choix entre passer l'agrég ou être chercheur à l'ANPE, vive l'ouverture) ou même en leur faisant croire qu'ils ont un talent dans la matière alors qu'il n'en ont pas (notes plancher les années de manifs, etc...). L'enseignement supérieur français actuellement, c le gâchis: gâchis d'argent de l'Etat (ça on s'en fout un peu) mais surtout gâchis de temps pour les étudiants qui vont passer des années à faire quelque chose de complétement inutile qui ne leur permettra pas de s'assurer un travail à la sortie mais même pas de s'émanciper intellectuellement, l'autoritarisme du système le leur empêchant. Maintenant dans le registre de la proposition, j'aimerais entendre un peu plus ce que les gens de l'UNEF, gwenolé ou nicolas, pensent des changements (le mot réforme est déjà pris pas un certain Nicolas S.) qu'il faudrait faire dans l'enseignement supérieur français sur le plan pédagogique. Je propose de manière très vague de renoncer aux deux écueils actuels de l'enseignement: d'une part, l'autoritarisme pré-68tards qui conduit les étudiants à l'obeissance imbécile ou à la rébellion stérile, d'autre part la "nouvelle pédagogie" qui n'en est pas une et consiste à porter "80% d'une classe d'âge au bac" (merci à Lionel J.) sans prendre en compte leur aptitudes réelles. Le système d'enseignement, de la maternelle à la fac, devrait encourager les gens à penser par eux-mêmes. Mais pour modifier tout ça, il faudra vaincre le corporatisme et le désir d'autorité d'une classe censée "de gauche", les enseignants.
Le 17/02/2007 - 13:39, par Nicolas -
Salut, camarade Makhno,

je suis dans l'ensemble d'accord avec toi sur le problème de l'orientation à la fac même si tu devrais éviter certaines formules malheureuses qui prêtent le flanc aux critiques de droite (ex.: "maintenir sous perfusion financière des tas d'étudiants", "gâchis d'argent de l'Etat"). Ce n'est jamais un gâchis de faire des études même si les débouchés sont minces dans certaines filières. En ce sens , la démocratisation de l'enseignement supérieur est une bonne chose en soi.

Sur la pluridisciplinarité, tu n'as pas tort. Je crois qu'il serait une bonne chose de tirer les étudiants des facs "vers le haut" sur le modèle des classes prépas en enseignant plusieurs disciplines. On choisirait ainsi dans une formation généraliste (ex."sciences humaines", "langues", "sciences et nature", etc.) une ou deux majeures jusqu'en licence (ex. histoire pour une formation en sciences humaines) avec des cours de philo, de socio ou/et de littérature. L'intérêt serait double: acquérir une véritable culture et ouvrir l'éventail des possibilités de réorientation.

Enfin, sur la question des débouchés, je crois que le rôle de la fac doit être en premier lieu de transmettre un savoir, des méthodes, une culture, et in fine, de former des citoyens vraiment auto-nomes. La fac ne doit pas se transformer en anti-chambre du monde du travail.

Tourtefois, pour les filières dites "professionnalisantes" (licences et masters professionnels, BTS, IUT, etc.) qu'il faut conserver, il faudrait sans doute donner une plus grande "visibilité", notamment auprès des futurs recruteurs, au contenu des diplômes, c'est-à-dire aux compétences et connaissances "concrètes" acquises durant cette formation car de nombreuses entreprises s'imaginent souvent que les jeunes diplomés sont des glandeurs qui n'ont rien appris et ont des diplômes à deux francs six sous.
Le 17/02/2007 - 17:30, par Jihane -
Moi j'ai bien aimé la proposition de Guillaume d'une allocation d'autonomie pour les travailleurs afin qu'ils puissent dire merde à leurs patrons. Je propose aussi une allocation d'autonomie pour les candidats à la présidentielle (pour les rendre indépendants du MEDEF) et aussi une pour les syndicats (pour qu'ils n'hésitent plus à proposer des ripostes aux projets patronaux/gouvernementaux à hauteur des attaques)...

Plus sérieusement, prôner la revanche sociale ne me semble guère scandaleux. A moins de penser que l'argent fait des petits tout seul, que le capital engendre le capital par la vertu du saint esprit ou encore que la productivité du travail patronal serait infiniment plus forte que celle des travailleurs (rapport de 1 à 340 entre les revenus des + fortunés et le salaire de base aux EU...et c'est sans compter les revenus du capital…je n’ai pas le chiffre pour la France)...la richesse des uns est la cause de la pauvreté des autres. Les fortunes amassées ces dernières années par les patrons du CAC 40, par exemple, sont le produit direct de la rigueur salariale et de l’augmentation de la productivité du travail de « leurs » salariés. Une sorte de vol légalisé. Alors oui, c'est minimal de taxer fortement les riches pour redistribuer aux SEULS foyers dans le besoin (et exit les 26 milliards d’exonération d’impôts aux entreprises pour la seule année 2007). Et il en va de même pour les jeunes (une pure abstraction du reste, car on est d’abord un gosse de riche ou de pauvre dans tous les aspects concrets de son existence)

Quant aux jeunes favorisés qui voudraient leur autonomie. Où sont-ils ??? Car s’ils veulent leur autonomie pour un logement, à n’en pas douter ils voudront aussi leur autonomie par rapport à l’héritage familial…Et là je met ma main au feu que les velléités d’autonomie se feront très rares.
Le 28/02/2007 - 14:09, par Diego -
"Au final, on l’a bien compris, cette mesure destinée aux classes moyennes et supérieures, du reste largement représentées à l’université, pénalise les étudiants issus des milieux les plus modestes. "

Oui Nicolas, c'est ce je me tue à dire depuis que l'UNEF a relancé cette campagne d'outre-tombe pour les 60 ans du congrès de Grenoble. L'UNEF défend les favorisés et nie les classes sociales. C'est une allocation de classe qu'il faut pas de génération car "la jeunesse n'est qu'un mot" nous dit Pierre Bourdieu.

Nicolas je t'invite à prendre ta carte à la Confédération étudiante car la position politique que tu as est intenable dans l'UNEF. Tu as bien remarqué l'intransigeance totalitaire des militants de l'UNEF qui te répondent. L'UNEF parce qu'elle a abandonné la démocratie depuis belle lurette n'est ni socialiste ni de gauche, tu peux en être certain.

Ensuite juste pour dire un mot aux différents nostalgiques de Constadt et de la Maknovchtchina, si on pouvait vous voir dans les manifs ou auprès des étudiants ça serait pas mal parce que c'est pas les quatre vieux de la FA et des Vignolles qu'on voit au salon du livre libertaire ou aux meetings organisés par RL qui feront changés le monde.
Le 28/02/2007 - 17:02, par Nicolas -
Ciao, Diego,
je crois qu'on est d'accord sur l'allocation d'autonomie proposée par l'UNEF. Je trouve toutefois que tu y vas un peu fort sur la ligne politique de l'UNEF; il ne s'agit pas de faire un procès d'intentions.

D'autre part, je ne connais pas les propositions de la Cé. J'ai eu l'occasion de discuter avec quelques-uns de vos militants et j'avoue ne pas avoir été vraiment séduit, notamment lorsque ces derniers ont reproché à l'UNEF d'être proches des positions de la CGT. Pour moi, ce n'est pas une insulte...
Le 28/02/2007 - 19:10, par anarchange -
Vif débat, intéressant.

Je pense que déjà il y a un problème dans les termes choisis : allocation est le contraire de l'autonomie.
De plus on est jamais vraiment autonome, si ce n'est ni des parents, ni de l'Etat, c'est du salaire (ou du profit, des actions, des pseudo-risques) dont nous sommes dépendants. Une "allocation d'accompagnement à l'autonomie" surtout vis à vis de la "tutelle parentale" aurait peut être été un titre plus juste.

Et puis, je rejoins Nicolas, être proche de la CGT, c'est plutôt flatteur. Le 1er syndicat français, puissant et intéressant (malgré quelques "couacs", si je puis dire, en 68 et après..).
Le 28/02/2007 - 19:28, par Nicolas -
Ciao anarchange,
merci pour ta réponse même si je n'ai pas compris si tu étais pour ou contre l'allocation d'autonomie proposée par l'UNEF.

Sinon, acceptes-tu de nous mettre dans tes liens si nous mettons le tien sur le notre?
Le 01/03/2007 - 1:56, par anarchange -
Bien sur! Envoies moi un mail!

Et bien, je ne suis pas à 100% pour, pas à 100% contre.
Je pense qu'elle a plein de défauts mais qu'elle a le mérite de proposer quelque chose. Après, je ne suis pas sur que ça soit forcément la meilleure solution.
La réponse est un soutien mou "sans conviction", si tu y tiens tant que ça (moi je n'y tiens pas, ma réponse peut évoluer).
Le 02/03/2007 - 1:35, par Jihane -
Avec 10 trains de retard. Pour Makhno et ses admirateurs...

Voici comment l’historien anarchiste Voline décrit les bandes de Makhno:

« Au cours des luttes intestines en Ukraine- luttes confuses et chaotiques et qui désorganisèrent complètement la vie du pays- des formations armées, composées d’éléments simplement déclassés et désoeuvrés, guidés par des aventuriers, des pillards et des « bandits » y pullulaient. Ces formations ne dédaignaient pas de recourir à une sorte de camouflage : leurs partisans se paraient souvent d’un ruban noir et se disaient makhnovistes. Les mêmes bandes existent partout et se parent en général des couleurs politiques révolutionnaires : armée populaire, armée paysanne révolutionnaire, etc. La frontière est souvent indécise entre des groupes de paysans révoltés qui réquisitionnent ou volent pour se nourrir et des bandes de simples pillards qui brandissent le drapeau rouge ou noir pour couvrir leurs exactions »

Quant à Makhno ; il en fait un portrait contrasté « d’un côté une force de volonté et de caractère supérieure (….) de l’autre son penchant pour l’alcool. Sous l’influence de l’alcool, il devenait méchant, surexcité, injuste, intraitable, violent (…) irresponsable de ses actes. Alors c’était le caprice personnel, souvent appuyé sur la violence, qui brusquement remplaçait le devoir révolutionnaire ; c’étaient l’arbitraire, les incartades absurdes, les coups de tête, les « singeries dictatoriales » d’un chef armé. Le second défaut de Makhno et de beaucoup de ses intimes- commandants et autres- fut leur attitude à l’égard des femmes. En état d’ébriété surtout, ces hommes se permettaient des actes inadmissibles- odieux serait souvent le vrai mot- allant jusqu’à des sortes d’orgies auxquelles certaines femmes étaient obligées de participer »

Quitte à s'abreuver à l'anarchisme, peut-être est-il préférable d'en rester au "Ni Dieu, ni maître". Non?
Le 27/03/2007 - 10:37, par Bruno J. -
Un site qui dénonce les liens entre l'unef et la tendance NPS, le MJS, la LMDE, l'UNL:

http://www.leclanunef.com/
Le 07/01/2008 - 10:33, par soft -
[URL=http://a.vaxawarez.info ]soft[/URL]
Le 07/01/2008 - 10:34, par soft -
[URL=http://a.vaxawarez.info ]soft[/URL]

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