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Lettre ouverte à mes camarades de l’UNEF


Les Agit Propalogandistes, le 14/03/2007 à 20:34 / dans : Education

Chers camarades de l'UNEF,

 

J'ai décidément beaucoup de mal à vous suivre sur la question de la progressivité des droits de scolarité. Il y a deux choses dans votre article que vous confondez sciemment et qu'il faut pourtant distinguer absolument : le principe de la progressivité des frais de scolarité, d’une part, et son application à Sciences-Po depuis la réforme de 2003, d’autre part. Sur ce dernier point, je suis d'accord avec vous. Les tranches intermédiaires sont excessivement pénalisées et les étudiants étrangers à Sciences-Po paient de façon injuste et injustifiée 5000 euros/mois tandis que les tranches les plus hautes sont proportionnellement moins mises à contribution. Il ne s'agit toutefois que d'un problème d'ajustement du barème et des taux qu'il est possible de négocier avec la direction.

 

Quant au premier point, vous estimez que la redistribution doit exclusivement passer par une augmentation de l'impôt sur le revenu en rétablissant une forte progressivité. Je suis complètement d'accord avec vous mais pourquoi ne pas envisager un renforcement de la solidarité nationale à travers des frais de scolarité progressifs ? Il s'agit finalement du même principe que l'impôt sur le revenu. Au lieu de payer tous la même chose, chacun contribue selon ses moyens et ceux de sa famille, à l’exception des boursiers exonérés de droits de scolarité.

 

J'entends vos arguments: 

 

1) Vous proposez de rendre les frais de scolarité gratuits. Cela, pourtant, n'est pas sérieux étant donné qu'un étudiant coûte bien plus cher qu'un élève du primaire, un collégien ou un lycéen (et je ne parle même pas des élèves des CPGE dont les profs ont des salaires, primes comprises, avoisinant les 5 à 6000 euros/mois!). Vous comptez sérieusement assurer ce financement par une seule augmentation de l'impôt sur le revenu ? D'autre part, je trouve qu'il n'est pas juste de permettre à un étudiant issu d'un milieu aisé de poursuivre des études sans contribuer en rien au financement de ses études. Enfin, cessons de rêver ! Que vaut-il mieux pour le moment ? Un système où tous paient la même chose ou un autre fondé sur les inégalités de revenus entre étudiants? Vous craignez le risque de "privatisation", mais enfin, ne dites pas n'importe quoi ! Il ne s'agirait pas de payer les mêmes droits que ceux exigés dans les universités américaines et britanniques, mais simplement de permettre à chacun, à niveau égal de recettes pour l’université, de contribuer en partie à sa formation selon ses moyens en excluant bien entendu les boursiers dont il faut du reste augmenter le nombre. Que la direction de Sciences-Po tente ensuite de dissimuler, derrière l'objectif de "justice sociale", une augmentation de ses ressources à travers ce système progressif, c'est autre chose, mais ne mélangez pas tout. Le principe de progressivité est juste en soi indépendamment de son instrumentalisation par la direction de Sciences-Po.

 

2) Vous prétendez que l'instauration de droits de scolarité progressifs augmentera les inégalités entre les universités. Là encore, ce n'est pas très sérieux. Vous savez très bien que les inégalités entre universités participent en premier lieu du manque de mixité sociale dans certains territoires, c'est-à-dire de phénomènes de ségrégation géographique et sociale. Si la moitié des étudiants de Villetaneuse sont boursiers, ce n'est pas à l'issue d'une sélection à l'entrée de la fac, mais parce qu'ils habitent souvent à côté et qu'il coûte très cher de se rendre tous les matins à Paris. Pourquoi raconter n'importe quoi ? Il n'existe aucun rapport entre l'instauration de droits de scolarité progressifs et la question de la sélection à l'entrée des universités. Un président d'université n’a pas le droit de toute façon de refuser l'inscription de certains étudiants sur des critères financiers. Ce serait tout simplement illégal ! Progressivité ou non, gratuité ou non, la question des inégalités entre facs continuera à exister en l'état actuel des choses. Pour lutter contre ces inégalités, on peut tout à fait imaginer un système de péréquation avec des dotations spécifiques pour les établissements dont le nombre de boursiers (dispensés de frais de scolarité) et d’étudiants aux revenus modestes serait supérieure à la moyenne nationale.

 

3) Vous affirmez que les droits de scolarité progressifs, tels qu’ils existent à Sciences-Po, empêchent l’étudiant d’être autonome et l’obligent à « devoir ramper chez papa-maman ». Mais, encore une fois, je ne vois pas le rapport ! Quelle est la différence avec un système de droits de scolarité forfaitaires de 300 euros tel qu’il existe actuellement dans la plupart des facs ? Par ailleurs, en quoi la gratuité, que vous proposez, garantirait-elle davantage l’autonomie des étudiants non boursiers dont les parents seraient dispensés de payer… 300 euros/an, soit 30 euros/mois ? Pensez-vous que 30 euros/mois seront suffisants pour devenir autonome ? Je sais ce que vous allez me répondre : « l’UNEF se bat pour une allocation d’autonomie universelle pour tous les étudiants », d’un montant de 400 euros/ mois environ. Trois choses cependant : comment faites-vous pour financer cette allocation universelle ? Pensez-vous sérieusement que 400 euros/mois me permettront de devenir autonome ? Mais surtout, ne croyez-vous pas qu’il est injuste, voire tout simplement scandaleux et un brin corporatiste, de verser cette allocation à des étudiants dont les parents ont des revenus élevés ? Au lieu d’accorder 400 euros à tout le monde, ne croyez-vous pas qu’il serait plus juste d’augmenter le nombre de boursiers et le montant des bourses ?

 

Je comprends votre situation : vous êtes le premier syndicat étudiant et près de la moitié des étudiants (parmi ceux qui vont voter) votent pour vous. Vous vous sentez par conséquent dans l’obligation de défendre les intérêts de tous les étudiants en noyant vos propositions dans une vision consensuelle et interclasses de la « catégorie » des étudiants, comme si ces derniers étaient tous confrontés aux mêmes problèmes, à la même et unique réalité. Il n’y a pourtant aucun point commun entre un étudiant boursier de Villetaneuse et un étudiant de Dauphine né à Neuilly et dont les parents paient l’ISF.

 

Chers camarades, j’attends vos réactions.



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