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L'élection présidentielle ou la prime au tribun


Les Agit Propalogandistes, le 02/04/2007 à 2:03 / dans : Présidentielle

L’élection présidentielle ou la prime au tribun.

A l’heure où sondages, enquêtes, déclarations fracassantes et calculées s’empilent dans les salles de rédaction et obscurcissent toujours davantage l’horizon politique du citoyen, en cette heure où chacun est sommé de se prononcer pour ou contre tel présidentiable, il est difficile de faire entendre la voix de ceux qui n’iront pas voter aux élections présidentielles de 2007 ; je ne veux pas parler ici de cet abstentionnisme « d’indifférence », mais de celui réfléchi et profondément politique de ceux qui refusent de donner plus longtemps encore leur assentiment à un scrutin vicié dans sa nature même. Oui, j’ose le dire, je n’irai pas voter en avril prochain, car je considère, avec beaucoup d’autres citoyens, qu’il s’agit là d’un scrutin foncièrement antidémocratique. Et je m’explique.

« Déconstruire » l’institution présidentielle

Aujourd'hui, il paraît bien naturel, à beaucoup d’entre nous, d’élire le Président de la République au suffrage universel direct. Puisqu’il faut un chef de l’Etat, pourquoi n’aurions-nous pas le droit, chacun, de le choisir démocratiquement ? Soit, mais la démocratie en France a-t-elle commencé avec la Vème République ? Les régimes républicains antérieurs ne prévoyaient pas l’élection du président au suffrage universel. Etaient-ils anti-démocratiques pour autant ?

En réalité, face aux évidences d’aujourd’hui, nous avons besoin en premier lieu de perspective et de profondeur. Il est en effet nécessaire de retracer l’histoire de cette institution présidentielle –recréée et renforcée par la constitution de 1958 et définitivement assise en 1962 avec l’instauration de l’élection du président au suffrage universel- ou plutôt d’en rappeler la généalogie, c’est-à-dire révéler sa « résistible » et polémique installation dans le paysage politique français. Il s’agit donc d’en démonter les fondements théoriques et historiques, qui remontent bien au-delà de 1958, jusqu’aux questionnements de Jean-Jacques Rousseau sur la démocratie directe et représentative ; cet article, sur un sujet aussi complexe, ne fera que poser quelques problèmes.

A-t-on oublié, d’une part, les circonstances dans lesquelles de Gaulle a fait approuver ce mode de scrutin aux Français ? Guerre d’Algérie, crise et fin de la IVème République, putsch des généraux en 1961, attentats de l’OAS : c’est dans un contexte de crise que de Gaulle a assis sa vision de la politique. Il est toujours frappant de constater que notre vie politique continue à fonctionner à partir de telles bases historiques : valorisation de l’homme providentiel, mise en avant du rassemblement des Français « au-dessus des partis ». A-t-on oublié, d’autre part, les débats virulents qui ont accompagné l’instauration de l’élection au suffrage universel du président de la République ? Qu’en est-il aujourd’hui du pamphlet mitterrandien (certes vite oublié par son auteur en 1981), Le Coup d’Etat permanent, qui dénonçait déjà, en 1964, la personnalisation du pouvoir, attachée à la fonction présidentielle ? Le débat est-il donc clos ? Circulez, y’a plus rien à voir… L’institution présidentielle s’est imposée avec une telle évidence aujourd’hui qu’il parait presque indécent de poser ces questions. Le livre de François Mitterrand s’inscrivait pourtant dans l’héritage ancien d’une pensée politique républicaine, sur laquelle je propose ici de m’appuyer.

Dans cette discussion, l’institution présidentielle recouvre deux problèmes étroitement liés : d’une part, le rôle de la fonction présidentielle dans nos institutions ; d’autre part, le scrutin présidentiel au suffrage universel, qui prétend fonder la légitimité démocratique de cette fonction. Or, à ces deux questions correspondent deux dérives actuelles tout aussi liées : présidentialisation du pouvoir et présidentialisation du débat politique agissent en effet ensemble et se nourrissent l’une de l’autre dans un véritable cercle vicieux. Nous avons ainsi, d’un côté, une élection au suffrage universel qui a pour fonction de justifier les attributions exceptionnelles du Président ; et, de l’autre, un statut institutionnel exceptionnel qui incite l’ensemble des acteurs politiques à concentrer tous leurs efforts et toute leur énergie dans la conquête du trône présidentiel ; d’où la place centrale des élections présidentielles dans notre vie politique. Aussi, l’importance des attributions présidentielles dans le jeu institutionnel apparaîtra-t-elle comme largement injustifiée, si nous montrons que la source de la légitimité du Président –à savoir le scrutin universel direct- est non démocratique. Ainsi, ce ne sont pas les attributions du président que nous voulons questionner, mais plutôt la source de sa légitimité, non pas son pouvoir mais son fondement. Nous prétendons qu’il n’est pas normal qu’un homme si puissant puisse disposer d’une légitimité aussi démesurée que celle conférée par le scrutin universel direct.

 Le Président de la République jouit d’une légitimité politique à toute épreuve et, pour tout dire, unique. Qu’il soit député, sénateur ou même ministre, pas un seul élu aujourd’hui ne peut rivaliser avec celle-ci, car fondamentalement aucun d’entre eux ne peut se prévaloir d’avoir été élu directement et personnellement par « le peuple français ». Que la diversité des opinions en France s’exprime dans un corps de cinq cent soixante dix-sept élus, cela parait certes crédible ; mais qu’elle trouve sa représentation dans le choix d’un seul homme, cela ne relève-t-il pas de la magie ? A moins de considérer que ce « peuple français » est une belle entité unanime, uni derrière son président, tout comme le « corps mystique » médiéval était uni par le Roi de France. En 1830, Louis-Philippe avait décidé de se faire appeler « Roi des Français » et non plus « Roi de France », pour montrer que sa légitimité ne provenait plus de Dieu mais du « peuple français ». Les choses ont-elles fondamentalement changé ?

Cela est sûrement exagéré, me répondra-t-on, précisément à cause du suffrage universel : notre Président n’est pas sacré mais élu par tous les Français. Et comment pourrait-on critiquer ainsi une élection au suffrage universel ? N’est-elle pas le fruit d’un long combat républicain, l’argument suprême de notre démocratie ? A cette question, répondons simplement par une évidence : suffrage universel ne veut pas dire démocratie ; ou, plus précisément, il en est une condition nécessaire mais non suffisante. Faut-il par exemple rappeler que Napoléon III, pour entériner sa prise de pouvoir illégale le 2 décembre 1851, a eu l’idée magnifique de la faire approuver par un plébiscite… au suffrage universel (masculin) ? Lui, au moins, cet empereur falot, connaissait déjà les bonnes méthodes… La Vème République a eu le mérite, quant à elle, de les retrouver. Toute l’histoire de nos élections présidentielles depuis plus de quarante ans peut ainsi se résumer : la recherche de la tangente bonapartiste, du score référendaire et consensuel ; et il est d’ailleurs amusant de constater que plus les candidats se sont prêté à ce petit jeu, et plus leurs scores électoraux se sont lamentablement affaiblis.

Alors, me dira-t-on, à quelles conditions le suffrage universel est-il démocratique ? Je répondrai ceci : le suffrage universel est démocratique lorsque le débat d’idées qui le motive et le fonde, a lieu à une échelle de discussion viable, celle par exemple de l’assemblée de quartier ou de la section locale d’un parti, dans lesquelles le nombre de participants permet à chacun de s’exprimer, puis de voter pour un représentant local. Un scrutin qui prétend faire débattre 45 millions d’électeurs français est nécessairement démagogique, quand bien même on y rajouterait internet. La démocratie n’est en effet possible qu’au moyen d’échelles de débat et de légitimité emboîtées le plus finement possible, qui vont du quartier à la circonscription, de la circonscription au Parlement. Ce sont là des choses bien simples à énoncer et si l’on y réfléchit un peu, notre crise de représentation politique apparaîtra en fait largement due à l’institution présidentielle actuelle qui court-circuite toutes ces échelles viables du débat démocratique.

Un retour sur les péripéties politiques des cinq dernières années nous en convaincra un peu plus.

Le symptôme : l’échec de Lionel Jospin en 2002

Les élections présidentielles sont présentées aujourd’hui comme l’évènement incontournable et « naturel » de notre vie politique. La désignation des candidats à la présidentielle, avec force sondages, focalise toute l’attention du moment. Qui encore, à vrai dire, se soucie des élections législatives qui suivront de quelques semaines notre grande messe présidentielle, tant il parait acquis, aux yeux de tous aujourd’hui, que ces élections « secondaires » ne sont que la pâle validation du résultat de la présidentielle ? Les partis « de gouvernement » sont devenus, au fil du temps, de véritables machines présidentielles, au terme d’une délégitimation progressive du jeu parlementaire. Le dernier avatar grotesque de cette évolution nous fut donné en 2002, lorsque le parti de Jacques Chirac, pour affronter les élections législatives, fut rebaptisé dans la précipitation « Union pour la Majorité Présidentielle ». Il est pourtant difficile, pour un citoyen épris d’idées et de discussions nouvelles, d’accepter la réduction du débat politique à un serment d’allégeance présidentielle, de consentir ainsi à l’inféodation du pouvoir législatif à la figure de l’exécutif. Les logiques et les pratiques institutionnelles de la Vème République nous ont ainsi conduits à l’appauvrissement dramatique de l’idée démocratique.

Lionel Jospin en sait quelque chose, lorsqu’en 2001, choisissant de jouer à plein la carte de l’élection présidentielle, il a cru bon d’inverser le calendrier électoral, c'est-à-dire de faire advenir la présidentielle avant les législatives : on sait ce qu’il est advenu de sa brillante stratégie. Car il s’agit bien de l’échec d’une stratégie, d’une erreur de vision politique. Fondamentalement, son élimination au premier tour ne tient ni au hasard, ni aux méchants gauchistes, ni encore au très vilain Le Pen : l’échec de Lionel Jospin dépasse en réalité largement les simples enjeux de 2002 ; à l’avenir, les hommes oublieront la péripétie politique et se souviendront qu’il s’agissait là du symptôme dramatique d’une large crise de régime. Ce qui a perdu Lionel Jospin, c’est d’avoir voulu asseoir sa légitimité politique sur sa personne, plutôt que sur ses idées, d’avoir ni plus ni moins choisi la voie gaulliste du pouvoir, fondé sur le rassemblement interclasses et « au-dessus des partis » : on se souvient de sa petite phrase sur son projet qui n’était « pas socialiste ». Les revendications des Verts et des communistes ? Les grognements de Chevènement sur la Corse ? Fi donc ! puisque son adresse directe aux français et le duel gagné d’avance contre un président sortant discrédité suffiraient largement à remporter le référendum présidentiel ! La carte du rassemblement « au-dessus des partis » est pourtant un jeu difficile et n’est pas de Gaulle qui veut : d’autant qu’en favorisant ce jeu personnel, on s’expose à celui des autres. En voulant jouer avec les institutions vieillies de la Vème République, ce sont ces dernières qui se sont finalement joué du premier ministre. Le combat de Jospin fut ainsi tragique ou héroïque, selon le point de vue. Quoiqu’il en soit, en choisissant de s’accommoder –et de profiter- des ressorts présidentiels de la république gaulliste, il n’a fait que révéler la crise et la sclérose du jeu politico-institutionnel des hommes de la Vème République.

Rétablir la démocratie partisane contre la démocratie médiatique et d’opinion

Car ne devrait-il pas être évident pour tous que le discours gaulliste de l’homme providentiel, « antipartis » ou « au-dessus de la mêlée », est aujourd’hui totalement daté, vieilli ? N’a-t-on pas besoin, à l’inverse, de plus de partis, de plus de débats d’idées, non pas des idées à l’emporte-pièce, fruit de la réflexion inconséquente de quelques communicants, mais des idées fortes qui soient portées par des débats militants et non par un seul homme ? La pluralité des voix et les discussions politiques au sein d’un parti ne sont-ils pas le seul vrai gage de débat démocratique ? L’évolution actuelle est pour le moins inquiétante, mais ô combien caractéristique de cette geste gaulliste et bonapartiste, qui consiste à enjamber les partis pour s’adresser directement aux Français : alors que Ségolène Royal n’a pas semblé comprendre la nécessité de débattre du programme socialiste, Nicolas Sarkozy considère quasiment comme un crime de lèse-majesté l’éventualité d’autres candidatures dans son parti. Et toujours les mêmes arguments : attention de ne pas réveiller la « machine à perdre » ou le démon des « extrêmes » ; l’alibi Le Pen est décidément commode dans le jeu de pouvoir de nombreux présidentiables. Il exonère en tout cas tous les responsables politiques d’une interrogation sur les logiques malsaines de plus en plus fortes des élections présidentielles : démocratie d’opinion et des sondages, formatage des discours autour des thèmes les plus faciles et les plus racoleurs, démagogie et personnalisation du débat politique.

A cet égard, les élections de 2002 ont été une belle occasion manquée de poser les vraies questions. Le Pen est au second tour et voici le monde politique et médiatique en émoi. Mais était-ce si surprenant de voir percer un tribun populiste et démagogue dans une élection taillée sur mesure pour les tribuns, les rhéteurs, les chefs charismatiques, les de Gaulle, les Mitterrand et autres imitateurs plus ou moins doués ?

Là réside le problème majeur de notre régime : les présidentielles offrent une prime aux tribuns, aux démagogues, aux communicants creux ; et en retour elle nous donne un pouvoir qui se croit fort –et agissant comme tel- mais qui est en réalité très faible. L’institution présidentielle actuelle est une insulte à l’intelligence des citoyens, une plaie insupportable dans notre régime démocratique. Voulez-vous résoudre cette fameuse crise de représentation politique ? Demandez-vous simplement quelle est l’institution qui ne représente rien ni personne, qui ajoute à la démagogie les fastes surannés de la monarchie, qui coûte cher, qui ennuie, qui abêtit, qui parasite lourdement notre démocratie, mais qui a pourtant d’immenses pouvoirs.

On se souvient avec quel programme Jacques Chirac a été élu en 1995 : des pommes ! Magnifique ! Quant à moi, en 2007, c’est décidé, j’irai voter, mais seulement pour le candidat des poires ! Quoique j’hésite encore avec les tomates…

Guillaume Foutrier

(25 octobre 2006)

 




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Commentaires / Gueulantes
Le 23/01/2007 - 0:26, par serge -
bonsoir; je suis assez d'accord sur le fond, mais pourquoi ne pas voter au premier tour et s'abstenir au second? d'autre part, n'oublie pas que M. le Pen représente aujourd'hui un français sur cinq...est-ce normal qu'il n'y ait aucun député du Front National à l'Assemblée Nationale, quand on sait que par ailleurs le PC ou les Verts, qui réunissent respectivement 5% des voix (et je suis généreux) aient des représentants dans l'hémicycle, voir au gouvernement (sous Jospin par exemple)? Le malaise démocratique ne viendrait-il pas aussi de là, de ce manque (de cette absence?) de représentativité dans les instances de la République?
Le 23/01/2007 - 1:52, par Nicolas -
Je suis d'accord avec toi sur le manque de représentativité au Parlement, mais cela n'est pas lié à la Constitution de la Ve République, mais au mode de scrutin des élections législatives. Il est évident qu'un scrutin uninominal favorise les grandes formations politiques et leurs alliés au détriment des petites formations "marginalisées" telles que le FN tandis qu'un scrutin à la proportionnelle stricte permettrait indéniablement une meilleure représentation des citoyens. Pour autant, un tel mode de scrutin, appliqué strictement, aurait pour effet de paralyser la prise de décision et à terme de scléroser les institutions. Un bon équilibre consisterait à introduire une part du vote à la proportionnelle comme en 1986, ou bien à instaurer un mode de scrutin proportionnel assis sur un découpage en grandes circonscriptions électorales sur le modèle des élections européennes (Grand Ouest, Ile-de-france, etc.)
Ceci dit, je trouve cet article excellent.
Le 24/01/2007 - 20:46, par Jed -
Ciao Guillaume,

très bien ton article !

Deux commentaires.D’abord, le fait de multiplier les "échelles viables du débat démocratique" entre le citoyen et le moment de l'élection (du candidat ou du Président) changera-t-il vraiment quelque chose au résultat ? Trois, quatre, cinq échelons supplémentaires, c'est aussi trois, quatre, cinq occasions d'émonder les revendications trop radicales, de se débarrasser de ce qui est trop conflictuel, pour arriver finalement à un consensus flasque... Et on a bien vu, pour parler de notre "camp", comment les logiques d'appareil, ou l'égo des candidats ont ruiné le processus...

Autre remarque, sur le symbole et les discours : De Gaulle fut-il un démagogue ? Peut-on comparer le verbe gaullien, ou les discours de Mitterrand et... le marketing politique qui règne actuellement ? Sans tomber dans une fascination snob pour le verbe littéraire, mais peut-être avec un peu de nostalgie, je reconnais tout de même aux discours de De Gaulle, de Pompidou, de Mitterrand une qualité littéraire, que nos deux présidentiables (et d’autres) n'ont pas, ou qu'ils ont transformée en une démagogie tribunicienne. Tu vas me rétorquer que j’affirme qu’il faut élire un candidat à la beauté de son style !

Je pense simplement que le fait d'opter pour une véritable « rhétorique » politique, fondée sur la subtilité d’une langue comme écho à la complexité du réel, c’est justement refuser de traiter tous les citoyens comme du bétail stupide. Evidemment, une plume sophistiquée peut jouer de son pouvoir pour séduire les « masses ». Au moins fait-elle appel à une compréhension et donc au temps de la réflexion là où le marketing politique, gavé de mépris social, recherche l’adhésion passionnelle immédiate. Tous ceux qui pensent le contraire nous diront que les politiques doivent « parler le langage des Français », et on sait ce que ça donne…

La "prime au tribun" n'est pas née avec la Ve République : elle est l’affreuse progéniture de l’ère de la communication. Je suis parfaitement d’accord pour en finir avec un régime conçu pour une autre époque, et qui s’est révélé très autoritaire. Mais il ne faut pas être naïf : l’objet de ta plaisante formule lui survivra !

Jedediah
Le 13/02/2007 - 21:18, par sylvie -
Je ne pense pas que tu aies tort (ou du moins pas totalement), moi aussi je me dis souvent, avec beaucoup d'autres personnes avant moi, que le pouvoir au peuple, c'est dangereux...parce que même les cons ont le droit de vote. Dès que les paysans ont eu le droit de vote, ils ont élu LN Bonaparte (car il a bien été élu)...le droit de vote des femmes a été repoussé jusqu'en 1946, parce que, disaient nos chers députés, elles auraient été trop influencées par leurs maris et leurs curés bien entendu...Le problème que tu soulèves, ce n'est pas celui de la Ve république, c'est celui de la démocratie représentative, dont Rousseau, comme tu le rappelles, avait conclu qu'elle n'était qu'un piètre pis-aller...mais que trouver d'autre? si tu remplaces l'élection du président par celle de l'assemblée (et, fatalement, un président du conseil) le débat en sera-t-il moins démago? pour avoir vécu toute la campagne en Italie l'an dernier (tu m'auras reconnue, maintenant), je peux te dire que non, vraiment, définitivement, non. Même les Grecs ont dû souffrir de cette fameuse démagogie...bref, toute cette brillante démonstration pour dire que les vrais problèmes, les problèmes de notre démocratie à nous, ce sont la place de l'éducation des citoyens (et surtout des futurs citoyens) et celle des médias: l'Etat ne doit pas oublier que l'école est sa propre base, et les médias doivent eux aussi ne pas oublier leur mission d'information, de neutralité, et d'éducation (d'où mon attachement aux médias d'Etat et au contrôle de la publicité, battus en brèche par l'Europe...)
Le débat politique de 2007 est, je te le concède, bien affligeant...moi, j'irai voter, parce que je tiens à mon quarante-millionième de pouvoir, malgré tout. Mais pour l'instant, je me demande bien pour qui...
Le 13/02/2007 - 21:22, par Jihane -
Si je partage un certain nombre d'idées avec Guillaume sur le caractère anti-démocratique de la fonction présidentielle, plusieurs remarques s'imposent à mon sens.

Tout d'abord le débat sur la "présidentialisation" de nos institutions politiques n'est pas neuf mais surtout il est porté par un certain nombre de politiciens (Fabius en tête...partisan d'une VI République) qui se fichent éperdument de démocratiser notre société. Méfiance, donc.D'où la question: par delà le constat (certes indispensable) quelle solution? Le (seul) changement institutionnel peut-il résoudre le problème? La dépossession des citoyens est-elle le fait des pouvoirs outranciers du chef de l'Etat?

De toute évidence, ne pas voter ne démocratisera en rien le régime politique en place car une telle attitude politique n'a aucune lisibilité politique (ce qui n'est pas le propos de l'auteur du reste). Comment différencier l'abstentionniste "d'indifférence" et l'abstentionniste réfléchi?
Evidemment, il y a des occasions où boycotter des élections peut avoir un sens très politique...mais je crains que cela ne soit guère le cas en 2007. Si l'abstention est très forte, aura-t-on fait la démonstration de l'anti-démocratisme de ces élections? D'ailleurs notre "démocratie" actuelle s'accomode fort bien de l'abstention. Pour preuve la démocratie américaine... où une majorité de citoyens s'abstiennent de se rendre aux urnes. Le parallèle ne me semble pas inintéressant du reste, car aux EU le président est bien plus encadré par le parlement qu'ici (possibilité d'"empeachment")...et cela change-t-il quoi que ce soit à la personnalisation de la vie politique et au "hold-up" des citoyens par les démocrates et les républicains?

A mon sens, la personnalisation de la vie politique n'est pas le reflet des pouvoirs démesurés du président sous la V eme, mais plutôt celui de l'absence de participation réelle des citoyens (même si le terme est un peu interclassiste à mon goût) à la vie politique. Certes la platitude du débat politique tels que l'orchestre les principaux média n'aide guère à donner envie de se saisir de la chose publique... Et lorsqu'on ne participe pas...on en conclut forcèment -à un titre ou un autre- que d'autres peuvent s'en charger, et la voie est alors pavée pour le recours à l'homme providentiel (ou la femme, au choix). D'où la question, d'ailleurs amenée par Guillaume, comment se ressaisir du débat politique? Comment peser sur ses élus? Comment les contrôler?

Et c'est là que j'ai un désaccord. Si je saisis ton propos, en filigrane tu défends l'idée que seule une forme de fédéralisme pourrait permettre une démocratisation de la vie politique. " le suffrage universel est démocratique lorsque le débat d'idées qui le motive a lieu à une échelle viable (...) un scrutin qui prétend faire débattre 45 millions de français est nécessairement démagogique". Je suis tout à fait d'accord avec les arguments que tu avances contre le crétinisme démocratique (et son avatar le plus "populaire" le suffrage universel), néanmoins cela n'implique pas le repli sur une démocratie de type locale (la référence à Rousseau est implicte sur ce point...mais je ne crois pas que le projet de constitution corse chère à Rousseau eut permis de mieux fonder le contrat social). Certes, il faut des formes d'assemblées locales pour permettre un débat politique réel...ce qui n'empêche pas ensuite une centralisation (et ton représentant local peut aussi être un représentant national...représentatif...si c'est bien un débat d'idées qui l'a fait émerger...s'il porte un programme qu'il applique...ce qui on le sait implique un contrôle de ses électeurs...et une possibilité de révocabilité, sans laquelle le contrôle n'est qu'un mot creu).

Or à y regarder de plus près, de telles formes de démocratie existent lorsqu'il y a des situations de crises politiques et/ou sociales (AG, coordinations...et pourquoi pas communes insurrectionnelles ou soviets) et c'est à cela me semble-t-il qu'il faut s'atteler pour démocratiser en profondeur la vie politique. La démocratie par la crise.... En d'autres termes, prendre le problème par le biais institutionnel ne permet pas de le régler. Au mieux on se retrouvera avec des "comités citoyens" qui seront des coquilles vides, des "jurys citoyens" et autres mascarades de cet acabit. Horreur! Les idées de Rosanvallon...le nouvel apôtre de Ségolène reviendraient par la bande. Je poserais plutôt le problème ainsi: quel est le préalable pour permettre l'émergence de réelles formes de contrôle démocratique? Et en dehors de situations sociales tendues est-il possible qu'elles émergent?
Ma réponse est evidemment dans la question... Alors que l'on aille ou non voter en 2007, je pense que les tomates seront nécessaires (en plus elles ont le temps de pourrir d'ici là), voire des projectibles plus lourds, plus nocifs, inflammables à l'occasion...à la guise de ceux et celles (que j'espère nombreux) qui seront alors dans la rue. Mais, il ne suffira pas de battre le pavé pour voir ensuite un Julliard (on peut anticiper et se dire que lors du prochain mouvement étudiant, il sera déjà un petit notable local du PS...et qu'il aura céder son trône à un autre bureaucrate) , un Thibault ou un Chérèque parler en nos noms. Pour cela je suis d'accord, il faudra s'organiser. Et pourquoi pas dès à présent?
Jihane
Le 18/02/2007 - 15:45, par Bernard Migennes -
Guillaume,

ton texte est remarquable. Remarquable d’autant qu’il est essentiel. Je pense que cette « élection présidentielle au suffrage universel » de 2007 doit être la dernière… et en tout cas la dernière à laquelle tout démocrate, toute organisation démocratique doivent participer. Je pense que le problème de la « démocratie » devrait être l’un des axes essentiels de l’activité de votre « Agit-Log ». Je suis en effet persuadé qu’aucune « lutte sociale » n’a quelque chance sérieuse d’aboutir tant que la chape de plomb radicalement antidémocratique de la « Constitution gaulliste » de la Ve République pèsera sur la pays. J’espère pouvoir contribuer par la suite à l’activité de votre « Agit-Log » sur ce terrain.

Aujourd’hui, je me contenterai de verser au débat un livre des plus remarquables qui s’inscrit en droite ligne des préoccupations et positions que, Guillaume, tu développes dans ton texte, et où Michel J. CUNY se livre à une analyse critique des plus sensées de la genèse profondément antidémocratique chez De Gaulle et son entourage de la Constitution de la Ve République imposée au pays à la faveur du « coup de force factieux » du 13 mai 1958 à Alger, ainsi qu’à la faveur de la « forfaiture » - viol de sa propre Constitution - par laquelle De Gaulle imposa en 1962 l’élection du Président de la République au suffrage universel. Il serait bien qu’Agit-Log publie un compte-rendu conséquent de cet ouvrage :

_ Michel J. CUNY, Le procès impossible de Charles de Gaulle, éd. Paroles Vives, 2005 (pour contacter l’auteur : 19, av. Jean moulin, 26100 Romans-sur-Isère, n° de Tél. : 0475029641)

Il faut le lire, l’étudier, le faire lire et en débattre. Paru en 2005, ce livre est le fruit de longues années de réflexion et de recherches dont relèvent, intimement liés à celui-ci, les deux ouvrages suivants :

_ Michel J. CUNY, Françoise PETIT DEMANGE, Fallait-il laisser mourir Jean Moulin ? (paru en 1994, cet ouvrage constitue une quasi introduction à l’ouvrage de référence précédent) ;
_ Michel J. CUNY, Françoise PETIT DEMANGE, Christine CUNY, Ernest Antoine Seillière, essai historique. Quand le capitalisme français dit son nom (paru en 2002, ce livre peut être considéré comme une fort judicieuse analyse du contexte historique de notre ouvrage de référence précédent

… et à très bientôt, … Bernard Migennes
Le 19/02/2007 - 15:37, par Jedediah -
Le 20/02/2007 - 11:38, par Nicolas -
Ciao, Jed,`
j'ai lu l'article. Il est intéressant mais il reprend des arguments assez connus contre le suffrage universel. L'article de Guillaume, lui, n'est pas contre le suffrage universel, mais contre l'institution présidentielle et l'élection du président au suffrage universel direct.
Le 05/03/2007 - 17:42, par Jed -
Le 06/03/2007 - 18:52, par Keru -
Salut,

Très interessant, mais pourquoi ne pas aller plus loin?
La Démocratie Directe existe, dans des lieux "alternatifs", mais aussi dans les montagnes du Mexique, chez les zapatistes, et depuis plus de 20 ans.

Nous ne sommes pas plus con, alors nous pouvons aussi nous écouter, et nous parler de façon à prendre des décisions ensemble...

Voici même une solution de Démocratie Directe à grande échelle, pour ceux qui n'en ont pas assez avec la vie locale...

https://demexp.org/dokuwiki/doku.php

Bonne continuation,

keruschka
Le 14/03/2007 - 17:17, par Jihane -
Un article du Monde diplomatique de ce mois ci, dont le thème est proche :

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/03/BELLON/14514

Ciao
Le 23/10/2007 - 15:38, par Guillaume -
Un extrait de l'article de Jacques Rancière, "Election et raison démocratique" (Le Monde, 22/03/2007) :

"L’élection présidentielle directe n’a pas été inventée pour consacrer le pouvoir populaire mais pour le contrecarrer. Elle est une institution monarchique, un détournement du suffrage collectif destiné à le transformer en son contraire, la soumission à un homme supérieur servant de guide à la communauté. Elle a été instituée en France en 1848 comme contrepoids à la puissance populaire. Les républicains avaient cru en limiter le risque par un mandat de quatre ans non renouvelable. Le coup d’Etat de Louis Napoléon fit prévaloir l’esprit monarchiste de l’institution sur sa forme républicaine.

Après 1870, il n’en fut plus question jusqu’à ce que de Gaulle la rétablît en 1962. Il s’agissait, dit-il, de donner à la nation un guide au-dessus des partis. Il s’agissait en fait de donner tout pouvoir à ce guide en mettant l’appareil entier de l’Etat au service d’un parti minoritaire. Toute la gauche alors le comprit et vota contre cette institution. Apparemment, tous l’ont oublié : les socialistes qui découvrirent, avec les avantages pratiques du système, les charmes privés de la vie de cour ; les communistes et l’extrême gauche qui y trouvèrent les moyens de monnayer leurs voix en vue des partages de circonscriptions ou de faire un peu de propagande pour leur boutique. Rien d’étonnant à ce que tous, ou à peu près, aient fait choeur en 2002 pour plébisciter le candidat de cette « démocratie » "

L'intégralité de l'article http://multitudes.samizdat.net/spip.php?article2881

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